L'intransigeance de Québec solidaire

Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois lors du congrès... (Archives La Presse)

Agrandir

Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois lors du congrès de QS en fin de semaine.

Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Carrefour du lecteur
Le Quotidien

OPINION / L'intransigeance en politique, c'est refuser de faire des concessions sur nos principes et valeurs morales. C'est positif en certaines circonstances. Là où ça devient problématique, c'est lorsque cette intransigeance est aveugle devant le bien commun. À ce moment, elle devient intransigeance crasse. Tout comme l'ignorance crasse, elle se traduit par la conviction de connaître les choses les plus importantes tout en les ignorant. L'intransigeant croit contribuer au bien commun, sans avoir à se remettre en question, sans avoir à douter de sa position, il est convaincu de détenir la vérité. Au final, l'intransigeance crasse est la manifestation de ce qu'il y a de plus haïssable en politique : la partisanerie. C'est malheureusement ce qui s'est exprimé à travers les objections des solidaires à une alliance électorale avec le PQ.

Première objection des solidaires, le PQ serait un parti englué dans le néolibéralisme. Pour soutenir cette affirmation, les membres de QS reviennent principalement sur la période de Lucien Bouchard et le déficit zéro. Or, les solidaires ne parlent jamais de la conjoncture. Jamais, ils ne soulignent qu'en 1996-97, les transferts fédéraux n'ont été réduits de 2,5 milliards et de 2 autres milliards en 1997-98, ce qui a créé une pression intenable sur les finances publiques. J'ai toujours trouvé étrange qu'un parti qui se dit souverainiste ne s'affaire pas à démontrer que le fédéralisme est dysfonctionnel. Pourquoi les critiques de QS ne dénoncent pas avec autant de véhémence le néolibéralisme du gouvernement fédéral ? Pourquoi on ne parle jamais à QS de déséquilibre fiscal ? Pourquoi on ne souligne jamais que c'est sous le gouvernement Bouchard qu'a été mise en place l'une des mesures les plus progressistes de la société québécoise des 20 dernières années, les garderies à 5 dollars ?

Deuxième objection, le PQ est le parti de la charte, donc un parti foncièrement xénophobe. Sur le psychodrame de la laïcité est-il nécessaire de rappeler que la charte était à mille lieues des principes appliqués en France où l'on interdit le port de signes religieux dans les écoles publiques et où le voile intégral est interdit dans l'espace civique ? Jamais au Québec, il ne fut question d'aller aussi loin. Les solidaires veulent se donner comme modèle la France Insoumise de J-L Mélenchon. Est-ce qu'ils savent que Mélenchon a défendu vigoureusement la loi de 2004 qui interdisait le port du voile dans les écoles publiques ? Est-ce qu'ils savent que Mélenchon tenait des propos à l'époque qui aurait fait rougir Bernard Drainville ? En somme, j'aimerais comprendre par quelle logique les solidaires inclusifs voient monsieur Mélenchon comme un modèle et le PQ comme un paria.

Troisième objection, le PQ aurait manqué de cohérence sur la question des hydrocarbures. Affirmation qui a de quoi faire sourciller ceux qui ont suivi de près les élections fédérales de 2015, où certains solidaires ont tourné le dos au Bloc Québécois pour soutenir le NPD. Il ne semblait pas y avoir, à ce moment, de problème de cohérence avec la position de Mulcair qui présentait Énergie Est comme la proposition la plus sensée pour les sables bitumineux.

Il me semble que pour mettre en place un projet de société emballant, il faut être capable de fédérer les gens autour d'objectifs communs. Ça demande de la souplesse et du pragmatisme, il faut chercher les points de convergences, les lieux où nos valeurs et nos principes se rencontrent. Le projet d'alliance politique était une occasion d'ouvrir l'un de ces lieux de dialogue. Or, j'ai l'impression que certains solidaires ont préféré l'attitude revancharde de l'intransigeance, ils ont vu la main tendue du PQ comme une occasion d'en découdre, comme une opportunité d'entrer en concurrence avec l'autre parti souverainiste. Pour la suite des choses, espérons que ce ne soit qu'une erreur de parcours, et que de part et d'autre, le bien commun l'emporte sur les intérêts partisans.

Mario Simard, chargé de cours, UQAC




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer