Une petite gêne, M. Blackburn ?

Jean-Pierre Blackburn... (Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

Agrandir

Jean-Pierre Blackburn

Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Carrefour du lecteur
Le Quotidien

OPINION / C'est étonnant de voir Jean-Pierre Blackburn réclamer de façon si cérémonieuse l'aide fédérale directement à Trudeau pour l'actuelle crise forestière. Voici des extraits d'un article de Louis-Gilles Francoeur du Devoir sur le sujet en juin 2009, du temps où M. Blackburn était ministre du Revenu sous le gouvernement Harper.

« À 24 heures du dépôt du projet de loi sur la réforme forestière à Québec, Ottawa confirmait hier par la voix de son ministre du Revenu, Jean-Pierre Blackburn, qu'il travaille à un plan de sauvetage de l'industrie canadienne dont les fleurons risquent à court terme de tomber l'un après l'autre en raison de l'effondrement des exportations et de l'absence de refinancement.

« L'imminence de l'annonce d'un plan d'aide fédéral d'un milliard, dont les grandes lignes étaient révélées hier par le Globe & Mail, a été en partie confirmée hier par le ministre du Revenu, Jean-Pierre Blackburn, député de la région du Saguenay d'où provient près du tiers du bois des forêts québécoises.

« C'est sérieux, a déclaré le ministre Blackburn, nous sommes vraiment en train de regarder comment on peut aider. Vous savez, les gens nous demandaient des garanties de prêts dans un premier temps. Vous avez vu qu'avec Exportation et développement Canada, maintenant ces garanties de prêts sont disponibles autant pour le secteur forestier que pour les autres. Également, il y a des choses qui s'en viennent du côté de la Banque de développement du Canada. Il va y avoir des annonces imminentes qui vont être faites pour encore, à nouveau, venir en aide aux différents secteurs de l'industrie, dont le secteur de la foresterie, qui est touché de façon particulière. »

Les promesses du politicien d'aide spécifique à l'industrie forestière québécoise, qui subissait une autre offensive des Américains, s'étaient dégonflées rapidement dans les semaines suivantes. Une petite gêne ?

Laval Gagnon

Chicoutimi 

Les terres ne sont qu'un bout de papier

La Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ ont chacun investi 10 M $ dans l'achat de terres agricoles par le biais de PANGEA. Pour un investisseur, il y a deux façons d'obtenir un rendement : par la productivité du bien acquis ou par l'appréciation de sa valeur sur le marché.

Les terres achetées par la Caisse et le Fonds de la FTQ sont destinées à la production de céréales. Ces terres sont situées dans des zones où les unités thermiques disponibles pour l'agriculture se situent entre 2 000 et 2 400. Ces conditions permettent la production de petites céréales comme le blé, l'avoine et l'orge, mais aussi des oléagineux comme le canola et le soya. 

Selon le Centre d'études sur les coûts de production en agriculture (CECPA), les fermes spécialisées dans ces productions et soumises aux mêmes conditions ont obtenu en 2013, en 2014 et en 2015 un rendement annuel (marge) à l'hectare de 20 $ à 30 $. Lorsqu'on ajoute à ce rendement les prix payés en 2016 pour les terres achetées par PANGEA, soit en moyenne 4 471 $ l'hectare, le rendement agricole nécessaire pour que la Caisse de dépôt et le Fonds de la FTQ obtiennent un retour de 8 % sur leur investissement devrait être de 357 $ l'hectare. C'est plus de 10 fois le rendement atteint par les producteurs spécialisés. C'est absolument impossible à réaliser.

L'autre avenue, plus plausible, est que la Caisse et le Fonds de la FTQ misent sur la hausse de la valeur des terres, donc sur la spéculation. Encore une fois, pour obtenir un rendement annuel moyen de 8 % pendant 25 ans, la valeur des terres acquises devra augmenter de 585 %. L'hectare payé 4 471 $ en 2016 devra se vendre 26 156 $ en 2041. À ce prix, vous comprendrez qu'il sera impossible de rentabiliser l'achat d'une terre par les activités agricoles, peu importe la production.

La question se pose : si les producteurs ne peuvent plus acquérir les terres à ce prix, qui le fera ? Un jour ou l'autre, la Caisse et le Fonds de la FTQ devront vendre ces terres pour encaisser leurs gains. À qui ? Pas aux agriculteurs, car ils seront incapables de payer ce prix. À un autre fonds d'investissement ? 

La Caisse a été créée pour donner aux Québécois les moyens de s'affranchir. Sa présence dans l'achat de terres provoque exactement le contraire. La première condition d'affranchissement, pour un producteur agricole, est d'être propriétaire de sa terre. Le constat est le même pour le Fonds de la FTQ qui, en principe, s'appuie sur des valeurs syndicales pour soutenir l'entrepreneuriat et l'investissement dans les entreprises québécoises. Son incursion dans l'achat de terres et l'inflation qu'elle entraîne sur ce marché compromettent le développement des fermes existantes, incluant celles qui y sont depuis plusieurs générations.

La Saskatchewan a légiféré récemment pour interdire aux fonds de pension l'achat de terres agricoles. Le Québec, de son côté, regarde aller la situation. Ces dernières semaines, un autre pas a été franchi dans ce dossier d'accaparement des terres avec l'arrivée dans ce marché de ces deux institutions. Je suis certain que ni la Caisse ni le Fonds ne sont allés « marcher » la terre (c'est de cette façon qu'un producteur l'évalue) achetée la semaine dernière à Saint-Germain-de-Kamouraska. La vérité, c'est que pour la Caisse et le Fonds de la FTQ, les terres ne sont qu'un bout de papier.

Marcel Groleau

Président général

L'Union des producteurs agricoles




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer