Le marché fonctionne

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Le Quotidien

À la suite des résultats de la dernière vente aux enchères, on a vu certains médias annoncer que les émetteurs de GES désertaient le marché du carbone et certains prédire la fin du système de plafonnement et d'échanges Québec-Californie.

Avant de conclure que tout va mal et que le bateau prend l'eau tout en se dirigeant inexorablement vers les chutes du Niagara en aval, il vaut mieux prendre un pas de recul et s'attarder à comprendre comment fonctionne le système mis en place.

Quand on parle du marché du carbone, on réfère en fait au système de plafonnement et d'échanges déployé au Québec et en Californie auquel se joindra l'Ontario au début 2018. Bien que complexe dans ses détails, ce système est à la base relativement simple. Il repose sur une réglementation qui impose à pratiquement tous les émetteurs de GES dans ces trois juridictions de disposer d'un permis pour émettre des GES sur leur territoire. Comme les gouvernements contrôlent la quantité de permis qu'ils délivrent, l'atteinte de l'objectif de réduction est assurée. C'est mécanique !

On peut faire l'analogie avec les permis de taxis qui permettent au gouvernement de contrôler le nombre de taxis dans une municipalité ou encore au système de quotas dans le secteur laitier, qui permet de contrôler la quantité de lait produit au Québec et au Canada.

Le marché du carbone dans tout ça n'est qu'un mécanisme par lequel on donne un peu de souplesse aux émetteurs pour respecter la réglementation à moindre coût. C'est un peu comme permettre au détenteur d'un permis de taxi de le louer la nuit pour le rentabiliser plutôt que de le forcer à être au volant 24 heures sur 24.

Pourquoi peu de droits d'émission ont-ils été vendus ?

Tout marché a une dimension technique d'offre et de demande, et une dimension psychologique qui influence cette offre et cette demande. Les prix et les volumes échangés sur un marché sont le reflet des peurs, des espoirs et de ce que les intervenants pensent qu'il va se produire sur le marché et enfin de leur stratégie de gestion du risque.

Même si les deux marchés sont liés, il importe ici de distinguer clairement ce qui se passe en Californie de ce qui se passe au Québec. En fait, les données dont nous disposons nous incitent à croire qu'au Québec, les entreprises sont très majoritairement présentes sur le marché pour acheter des droits et faire face à la réglementation. Le gouvernement du Québec est clair sur ses intentions. Tous les partis confondus ont approuvé la mise en oeuvre de la réglementation québécoise. Quand on parle des émetteurs qui désertent le marché, on parle donc principalement des entreprises californiennes.

Que se passe-t-il en Californie ? En surface, on voit que l'État de la Californie doit défendre sa réglementation contre la chambre de commerce locale qui l'accuse d'imposer une taxe déguisée. On constate par ailleurs que Donald Trump n'a aucune intention de lutter contre les changements climatiques. Dans ce contexte, il est bien possible que l'incertitude générée pousse certaines entreprises à attendre pour acheter des droits d'émission. En effet, pourquoi prendre le risque d'acheter des droits si la possibilité existe de ne pas en avoir besoin ? Ça semble inutilement risqué.

Toutefois, l'observateur plus attentif sait que l'État de la Californie a eu à défendre cette réglementation à plusieurs reprises devant les juges, chaque fois avec succès ; que Donald Trump n'a aucun pouvoir sur les choix de la Californie ; que le jugement sur la réglementation californienne sera rendu en mars et que la tendance semble indiquer que ce jugement sera favorable à l'État ; et enfin que suite à ce jugement toutes les entreprises californiennes n'auront plus que trois ventes aux enchères auxquelles participer pour acheter les droits qui leur feront défaut pour la période de conformité de trois ans qui prend fin à la fin de l'année.

Suite à ce jugement, à la prochaine vente aux enchères, les émetteurs seront alors au rendez-vous et ils seront disposés à payer un prix largement supérieur à celui des dernières ventes aux enchères. Les prix vont monter, et les entreprises québécoises seront alors très contentes de ne pas avoir pris de retard dans le respect de la réglementation.

Jean Nolet, économiste 

Président-directeur général 

Coop Carbone

Vampirisme culturel

Au bout du fjord, un royaume. Analysons pour ce qu'elle est la devise que vient d'adopter la ville de Saguenay. On parle d'un fjord, celui du Saguenay dans ladite rivière Saguenay. On parle d'un royaume, celui du Saguenay dans ladite région du Saguenay. À l'évidence, nous sommes en présence d'un porte-à-faux causé par une illusion toponymique.

La ville, entité municipale dans un périmètre bien circonscrit d'une partie de la région saguenéenne, se donne une devise qui s'approprie le patrimoine naturel et immatériel régional, c'est-à-dire la totalité du fjord et la rivière Saguenay, l'immense territoire qui correspond à la MRC du Fjord, et toute la région du Lac-Saint-Jean y compris la partie jeannoise de la rivière Saguenay. Cette devise va à contre-courant à la fois du bassin hydrographique et de l'histoire régionale. Du vampirisme qui élimine notre richesse culturelle et tue notre diversité.

En terminant, une mise en garde. Ce texte ne constitue pas un argumentaire en faveur du nom de Chicoutimi. Cela est un autre débat.

Laval Gagnon

Chicoutimi




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