La culture du silence

Le député Gerry Sklavounos... (Archives La Presse canadienne, Jacques Boissinot)

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Le député Gerry Sklavounos

Archives La Presse canadienne, Jacques Boissinot

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Le Quotidien

OPINIONS / La culture du viol a malheureusement dû être dénoncée encore une fois après deux affaires hautement médiatisées et survenues à quelques jours d'intervalle.

Le gouvernement du Québec a adopté en vitesse un plan destiné à combattre les violences sexuelles. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral est demeuré muet malgré sa juridiction en la matière. Les médias ont, quant à eux, relayé les récents événements avec une telle neutralité journalistique qu'ils ont pris part à cette culture du viol. L'absurdité des demi-vérités et des silences volontaires de ces dernières semaines est d'un ridicule qui devrait enflammer chaque personne, le féministe en moi est furieux.

Un des principaux éléments contribuant à la culture du viol est sans doute la faible portée légale que représente ce geste. Le procureur affecté à l'affaire des résidences de l'Université Laval a affirmé que l'accusation d'agression sexuelle est passible de 10 ans d'emprisonnement alors que l'entrée par infraction dans l'intention de commettre une agression sexuelle est passible de la prison à vie. Dans quelle mesure, en tant que société, pouvons-nous accepter que le viol de l'intégrité d'un bien immobilier ait quelconque signification plus grave que de celui d'une personne? Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté la résolution 1820 en 2008 afin de reconnaître le viol comme une arme de guerre et son utilisation systématique comme un crime contre l'humanité. Les règles d'engagement des Forces canadiennes, document régissant l'utilisation de la force, considèrent le viol comme égal à une action mettant en danger la vie d'une personne. Pendant ce temps, notre Code criminel en nuance la gravité selon les circonstances alors que, peu importe le cas, l'intégrité physique et psychologique de la victime a été atteinte de manière irréversible. Les médias ont, à cet égard, fait preuve d'une neutralité journalistique exemplaire en rapportant les accusations portées sans relever le rôle joué par le Code criminel dans la culture du viol.

Sous le feu des projecteurs, le plan adopté par le gouvernement du Québec, accompagné de quelques millions, est un assemblage de mesures nouvelles et déjà établies. Les propos du gouvernement ont été rapportés avec une telle justesse que la rigueur journalistique devrait célébrer ses funérailles. Aucune question, aucune analyse, que des faits en «copier-coller». Des 55 actions nouvelles et bonifiées, combien sont nouvelles? Quelles sont les bonifications? Huit millions supplémentaires par année, est-ce significatif? Pourquoi les milieux de travail ne font-ils pas partie des campagnes de sensibilisation proposées? Et les lieux privés?

Ce ne sont que des questions générales à partir des grandes lignes du plan, imaginez comment les 91 actions devraient être abordées. La plus grande action n'a quant à elle jamais été soulignée par les journalistes ni par l'opposition politique. Comment se fait-il que M. Coiteux, ministre de la Sécurité publique du Québec, n'ait pas fait de déclaration quant à d'éventuelles discussions avec son homologue canadien afin de revoir la place qu'occupent les violences sexuelles dans le Code criminel? Si vous désiriez un exemple éloquent de culture du viol, en voici un!

Il a également été rapporté dans les médias que le député visé par l'accusation publique de viol a obtenu un congé de maladie. Aucune question quant à la légitimité d'une telle action. M. Sklavounos se défile devant ses électeurs dans un congé payé sanctionné par un médecin. Certes, il a droit à la présomption d'innocence sur laquelle est basé notre État de droit, mais il a également des obligations à remplir en tant qu'élu. Si les médecins prescrivent des congés payés à ceux qui sont accusés de viol, il y a un problème. Il y a là du favoritisme et une preuve de culture du viol. Aurait-il eu le même traitement avec des accusations de vol qualifié? Certainement pas. De plus, les journalistes ont sciemment oublié de vérifier de l'autre côté de l'affaire, à savoir comment Mlle Paquet vit cette saga. A-t-elle obtenu de son médecin un congé de maladie? A-t-elle obtenu du support du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels? Comment avance l'enquête menée par le service de police de la Ville de Québec? Il n'y a eu aucune rigueur et neutralité journalistique, qu'un communiqué de presse répété mot pour mot avec les mêmes tournures de phrases décidément décorées par un agent aux communications travaillant pour le député, le gouvernement ou le Parti libéral.

Le silence des appareils législatifs, exécutifs, politiques et journalistiques est un pilier de cette culture du viol dénoncée par les milliers de manifestantes et manifestantes à travers le Québec. Il est plus que temps de renverser ce silence, écho de celui de tant de victimes, et de permettre à chaque femme et homme de vivre dans une société respectueuse, égalitaire et où prime l'intégrité de chacun. Il nous faut investir la politique et les gouvernements afin d'agir en ce sens, autrement nous sommes tous complices de cette culture allant à l'encontre des principes fondamentaux de l'humanité.

Vincent Bussières

Jonquière

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