Trouver la résignation

OPINIONS / Un jour, on m'a annoncé que mon fils souffrait d'une maladie... (Infographie Le Soleil)

Agrandir

Infographie Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Carrefour du lecteur
Le Quotidien

OPINIONS / Un jour, on m'a annoncé que mon fils souffrait d'une maladie mentale, ce fut un choc pour moi. Mon univers venait de s'écrouler, mon fils si gentil, si brillant.

La première fois que j'ai entendu l'appellation «maniaco-dépression», j'ai eu peur! On trouvait une raison pour expliquer le comportement désordonné de mon fils, mais le soulagement de savoir ne m'empêchait pas d'avoir peur. Toute l'information disponible ne faisait qu'augmenter mon anxiété. J'avais beau reconnaître certains comportements de mon fils, on n'y parlait pas des «vraies affaires». On identifiait les symptômes, mais on oubliait la personne humaine.

Lorsque son état s'est stabilisé, nous avons vécu en niant ce qui s'était passé. C'était fini, ça allait mieux et l'avenir s'ouvrait devant nous. Pendant vingt ans, nous avons fait semblant que les hauts et les bas que nous vivions étaient causés par le travail, les tracas, l'argent: en fait, toutes les raisons étaient bonnes! Je ne saurai jamais si le fait d'avoir accepté plus tôt la maladie aurait pu changer les choses. Un tel diagnostic entraîne tellement de peine, de colère, de révolte dans son sillon que je crois que seul le temps nous permet de l'accepter. Chacun le fait à son propre rythme.

Nous avons vécu des années d'insécurité, ne sachant jamais quand ni sous quelle forme la maladie réapparaîtrait. Parfois, mon fils parvenait à la déguiser en maladie physique ou à la faire passer comme le résultat d'une surcharge de travail. Malgré le grand malaise que je vivais alors, je préférais le croire que d'avouer que notre famille était «tachée» par la présence d'une maladie mentale.

Un jour, il n'a plus été possible de faire semblant. La maladie s'est alors installée sous une forme très sévère. Notre vie a explosé et nous avons été obligés de réapprendre à voir les choses, autrement. J'ai eu très mal pour lui, pour ses enfants, mais beaucoup pour moi aussi. J'ai appris à nommer les choses par leurs vrais noms. J'ai aussi réalisé que ma peine ressemblait beaucoup à celle que j'avais vécue suite au décès de mon père. Je vivais un deuil: celui de mes rêves. J'avais beau rager contre les événements, ils se déroulaient quand même. Ma mère disait que les larmes lavent les plaies: elle avait raison! J'ai eu la chance d'être bien entourée et de pouvoir compter sur de l'aide et du soutien.

Aujourd'hui, je pense avoir trouvé la résignation. Cela ne veut pas dire que je n'aurais pas aimé que les choses soient autrement. Ce que ça signifie c'est que j'essaie dorénavant de ne pas gaspiller d'énergie avec des «si». J'ai encore des moments où je suis en colère contre la vie ainsi que des moments où la tristesse m'envahit. Mais je sais que ça va passer et je ne gaspille plus une seule minute de bon temps.

Simone

Lettre transmise par Guylaine Laberge

Directrice générale

Le Maillon

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer