Un autre rendez-vous manqué

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L'économiste Marc-Urbain Proulx, professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi

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S'il faut être deux pour danser le tango, il va de même pour faire un débat. Je parle ici de celui qui aurait dû se tenir entre les moins hardis, assujettis aux diktats de la compagnie Rio Tinto, et les autres qui ont participé au récent forum pour un nouveau pacte social de l'aluminium, organisé par le Centre de recherche sur le développement territorial de l'UQAC (CRDT). On a peu réagi à la dernière analyse de Marc Urbain Proulx, chercheur, économiste et professeur à l'université. Une analyse pertinente et bien vulgarisée parue récemment dans les médias (opinion dans Le Quotidien, du 21 août 2016, lettre ouverte dans le Carrefour du Quotidien du 31 août 2016, lettre ouverte au Devoir du 9 septembre 2016) portant sur les enjeux économiques liés au futur de l'industrie de l'aluminium au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La Chambre de commerce de Saguenay a justifié son absence à ce forum arguant qu'elle est davantage pour les solutions que pour les positions. Mais comment trouver des solutions quand tous les acteurs ne se retrouvent pas autour d'une même table pour discuter sur la base de leurs positions respectives? Pour tenir un vrai débat, il aurait fallu qu'il y ait quelqu'un pour donner la contrepartie aux arguments favorables à l'analyse de l'économiste. Avec la Chambre de commerce, les élus de Saguenay, le syndicat des aluminiers d'Arvida et la Société de la Vallée de l'aluminium étaient absents. Pourquoi? Par crainte de froisser Rio Tinto? La compagnie a également refusé l'invitation, mais y a envoyé des «observateurs». Cela démontre bien que quand le temps est venu de se dire les vraies affaires, certains se défilent trop facilement. Surtout quand la vache sacrée qui donne pourtant de moins en moins de lait meugle pour qu'on l'aime, avec pétition à l'avenant.

Dans un laconique message à l'intention du public préparé par la compagnie et récité par une porte-parole, on allègue que la baisse des emplois chez Rio Tinto Aluminium est due au contexte économique qui a changé depuis 1980. Venant de la compagnie, rien de nouveau. Cette dernière ne respecte plus depuis longtemps le pacte social signé en 1926 consistant à profiter de l'immense bassin hydrologique du Saguenay-Lac-Saint-Jean en retour d'un engagement à créer des emplois. Mais, c'est le contraire qui se produit. Depuis 1980 jusqu'à aujourd'hui, le nombre d'emplois au sein de l'entreprise est passé de 9270 à 3100, selon le calcul du CRDT. Pourtant, Marc Urbain Proulx fait dans son analyse la démonstration que nos principaux acheteurs de métal gris, les Américains, auront de plus en plus besoin d'aluminium dans les années à venir; ils ferment leurs alumineries trop polluantes. M. Proulx parle de la nécessité de quarante alumineries de haute technologie à construire dans le monde d'ici 2030. Mais Rio Tinto refuse de poursuivre deux chantiers importants, à Alma et à Arvida, alléguant la mauvaise conjoncture. Dans un récent éditorial, Denis Bouchard du Quotidien a souligné que les Chinois, eux-mêmes producteurs de métal gris (sale), ont acheté aux É.-U. une usine de transformation d'aluminium, laquelle achète présentement son métal primaire d'alumineries québécoises. Mais combien de temps encore les Chinois attendront-ils avant d'y faire entrer le métal gris de l'Empire du Milieu pour maximiser leur investissement? Ici, on donne l'impression de regarder passer le train. Le train de la production d'aluminium primaire, faut-il insister? Car, du côté de la transformation, elle est, à peu de choses près, inexistante depuis la fermeture du laminoir d'Arvida.

Et les gouvernements supérieurs dans tout cela? M. Proulx est d'avis que ces derniers ne sont pas assez présents dans l'industrie de l'aluminium. Comme en Norvège, notamment, où l'État y est actionnaire à 37%. Et ce dernier d'ajouter que de grands leviers économiques, comme la Caisse de dépôt et Investissement Québec, qui possèdent une marge de manoeuvre considérable, pourraient davantage l'appuyer. La Caisse va investir 5 G$ et plus pour construire un train électrique à Montréal. Le gouvernement du Québec a mis 1 G$ pour soutenir la C Séries de l'avionneur Bombardier. Ne serait-ce pas l'occasion pour que d'autres joyaux de notre économie, les alumineries, y trouvent également leurs comptes?

Marcel Lapointe, Jonquière

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