Quand le mépris n'a d'égal que l'ignorance

OPINION / Réplique au professeur Daniel Gagnon de l'UQAC. (Infographie Le Soleil)

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Le Quotidien

OPINION / Réplique au professeur Daniel Gagnon de l'UQAC.

C'est avec grand étonnement que j'ai lu les propos du professeur Daniel Gagnon dans Le Quotidien du 14 septembre dernier. Son analyse du lock-out des concessionnaires d'automobiles et ses critiques de la stratégie syndicale m'ont laissé perplexe. Il ne conteste pas la stratégie patronale qui «avait l'objectif d'éliminer ses départements de service». En revanche, il soutient que «le syndicat aurait très bien pu modifier sa stratégie pour s'adapter à celle du patron».

La stratégie patronale était en l'occurrence de recourir au lock-out pour contraindre les salariés à accepter l'allongement des horaires de travail et le transfert d'une partie des activités à des sous-traitants qui offrent des salaires et des conditions de travail inférieurs. Elle aurait eu comme conséquence la perte d'un nombre substantiel d'emplois de qualité. Pour le syndicat, que faire pour s'adapter à cette stratégie? S'agissait-il d'accepter les demandes de l'employeur et de sacrifier un certain nombre d'emplois? Dans ce cas, il aurait fallu que les concessionnaires aient invoqué des raisons majeures et que le contexte eut été tel que la survie de leur entreprise eut été menacée ainsi que les emplois qu'elle procurait. Pour démontrer leur bonne foi, ils auraient alors pu ouvrir leurs livres et convier le syndicat à participer à la conception de mesures d'amélioration de la productivité et de la qualité et de réduction des coûts afin de préserver le plus grand nombre d'emplois. Là, le syndicat aurait eu différentes options stratégiques. Or, les concessionnaires n'ont pas invoqué de telles difficultés financières et n'ont pas non plus offert d'options stratégiques au syndicat. Dans de telles circonstances, accepter des demandes de réduction des effectifs pouvait difficilement correspondre avec la promotion du bien-être des travailleurs et avec la mission d'un syndicat démocratique. Les membres ont, d'ailleurs à maintes reprises et chaque fois à la quasi-unanimité, refusé cette option stratégique. La seule option qu'il leur restait était de résister et ils l'ont fait pendant 34 mois. Associer cette résistance solidaire et courageuse à «trois hivers [passés] dans des cabanes à pêche sur le bord de la route», et associer le soutien de leur syndicat et de leur centrale syndicale à un manquement à leur raison d'être qui est de «veille[r] au bien-être de [leurs] membres», comme le soutient le professeur Gagnon, c'est afficher un certain mépris qui n'a d'égal que l'ignorance des véritables enjeux du lock-out.

Pendant ce lock-out, les syndiqués ont touché des prestations de grève, qui sont d'ailleurs similaires d'une centrale à l'autre. Malheureusement, c'est souvent insuffisant pour survivre. Les syndiqués en lock-out ont donc dû emprunter, en se servant de leur syndicat comme levier collectif. Ils se sont alors engagés collectivement à rembourser ce prêt, une fois qu'ils seront retournés au travail à la fin du conflit. Prendre par contre un engagement individuel, en signant une reconnaissance individuelle de dette, comme le suggère le professeur Gagnon, aurait été contraire aux principes de la solidarité syndicale. En effet, que serait-il arrivé à un ex-lock-outé qui n'aurait pas été rappelé au travail et qui aurait été sans emploi après le règlement du conflit et qui aurait été néanmoins obligé de rembourser sa «dette» ?

Au terme du lock-out, les travailleurs ont eu gain de cause. Mais, certains concessionnaires ont contourné le règlement et ils ont poursuivi la stratégie mise en oeuvre au cours du lock-out, en continuant à transférer à des sous-traitants certains travaux qui étaient, avant le conflit, exécutés par leurs employés syndiqués. En conséquence, les deux tiers des ex-lock-outés n'ont pas été rappelés au travail, faisant ainsi porter tout le poids du remboursement de la dette sur le tiers restant, soit ceux qui ont été rappelés au travail. Pour alléger ce fardeau, leur centrale syndicale a lancé une campagne de solidarité pour recueillir des dons auprès de ses membres et de la population en général. C'est ainsi que fonctionne la solidarité syndicale. À la fin de la journée, c'est également ainsi que le mouvement syndical contribue à l'amélioration des conditions de vie du plus grand nombre et à un partage plus équitable des richesses.

Paul-André Lapointe

Professeur titulaire

Département des relations industrielles

Université Laval

Définition de l'honnêteté

Depuis la descente des membres de l'UPAC dans les bureaux de la Ville, le maire Jean Tremblay proclame avec vigueur son honnêteté, disant qu'il défendra jusqu'en cour, s'il y a lieu, sa réputation d'homme honnête et sans tache. En regardant les différentes définitions des dictionnaires, on peut résumer que la véritable honnêteté intellectuelle ne se limite pas à ne pas voler ou frauder, à ne pas mentir, mais également à ne pas favoriser quelqu'un aux dépens d'un autre, à ne pas mettre des bâtons dans les roues de ses adversaires en empêchant ceux-ci d'avoir l'information à laquelle ils ont droit, à être capable de reconnaître les bons coups de l'adversaire lorsqu'il y en a.

Faire peuve d'honnêteté, c'est aussi ne pas diminuer l'importance d'événements douteux touchant des amis en détournant l'attention sur autre chose ou en frappant sur ceux qui ne pensent pas comme toi. Tout cela fait partie de la définition d'une véritable honnêteté.

À la lueur de ces définitions, comment pourrait-on qualifier véritablement l'administration Tremblay ces dernières années? À vous d'en juger...

Jean-Marc Girard

Jonquière

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