L'intérêt oublié des salariés

Le trésorier de la Centrale des syndicats démocratiques... (Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Le trésorier de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) Serge Tremblay.

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Le Quotidien

Dans l'édition du Progrès-Dimanche du 18 septembre dernier, M. Serge Tremblay, trésorier national de la CSD, a répondu à mes propos parus la semaine dernière. M. Tremblay me demande de m'expliquer. J'espère que les lignes qui suivent donneront l'éclairage voulu quant au sens de mon intervention. Si tel n'est pas le cas, j'invite M. Tremblay à entrer personnellement en contact avec moi pour que nous en discutions plus amplement.

Il est très vrai que la convention collective n'implique pas, à titre individuel, les travailleurs. L'association accréditée, de par la loi, devient le seul et unique agent négociateur des conditions de travail de l'unité de négociation. Toutefois, il faut être conscient que ce sont les syndiqués des concessionnaires automobiles, dans l'état actuel des choses, qui remboursent individuellement une dette contractée par le syndicat. Un conflit de travail n'est jamais sans conséquence, surtout pour les salariés à titre individuel.

Mes propos se voulaient en lien avec la Loi sur les syndicats professionnels, laquelle stipule à son article 6 la raison d'être d'une association accréditée :

« Objet - Les syndicats professionnels ont exclusivement pour objet l'étude, la défense et le développement des intérêts économiques, sociaux et moraux de leurs membres. »

C'est à ce titre que mes propos voulaient remettre en question la gestion du conflit effectuée par l'association accréditée. L'augmentation démesurée de la dette accumulée était-elle dans l'intérêt économique, social et moral des membres ? Il n'est aucunement de mon intention de douter des services déployés par le syndicat pour soutenir les membres et les familles émotivement affectés par le conflit. Là où on peut se questionner, c'est que peu de temps après le début de ce conflit, le syndicat empruntait auprès d'une institution financière la « paie de grève ». Il s'agissait alors d'une réalité qui entrait dans la balance pour la gestion des demandes syndicales et les éventuelles issues qui pourraient en résulter. En a-t-on pris conscience et est-ce que cela a été réellement considéré pour la suite des événements ? A-t-on dans ce cadre remis en cause la stratégie de négociation ? Les faits survenus subséquemment (n'oublions pas que le conflit a duré 34 mois) nous laissent perplexes pour l'ébauche de réponses.

La masse critique du nombre de syndiqués faisait en sorte que, à très court terme, les avantages éventuellement négociés et obtenus des employeurs, si tel était le cas, ne contrebalanceraient jamais les effets nocifs de la dette contractée. De surcroît, après plus de douze mois de conflit où les employeurs avaient mis en place, à bon ou mauvais droit, des méthodes de travail faisant en sorte que les activités commerciales avaient cours, il devenait évident que la stratégie déployée par le syndicat devait être révisée et mise à jour. Pourquoi avoir continué sur la même voie alors que la dette grossissait de semaine en semaine ? Il y a probablement des réponses ; mais vu de l'extérieur, le questionnement est de mise.

Avec un fonds de grève peu garni, il devenait évident que les salariés auraient à rembourser au prorata des membres sur la durée de la prochaine convention collective (ce que les dirigeants syndicaux ne pouvaient ignorer). Pourquoi alors ne pas avoir demandé à ce que tous s'engagent individuellement dans la poursuite du combat (sachant que le nombre de travailleurs risquait à court terme d'être inférieur à ce qu'il était au moment du déclenchement du conflit) ? Est-ce que tous les salariés étaient conscients du fait que la dette devrait être remboursée par le biais d'une cotisation syndicale spéciale et non par un quelconque syndicat anonyme ? Si chacun avait vu hebdomadairement le boulier de sa dette personnelle augmenter (parce que l'on ne parle pas ici d'une dette remboursée par un syndicat à même une caisse existante), ne croyez-vous pas que le collectif des membres aurait été plus enclin à envisager des solutions en vue de résoudre l'impasse ? 

Les salariés ont été fortement éprouvés par ce qu'il est convenu d'appeler le plus long conflit de travail de l'histoire moderne du Québec. Les plaies seront longues à panser. Les employeurs ont leurs torts ; n'oublions pas que les hostilités ont été déclenchées par cette partie au premier jour des négociations.

Loin de moi l'idée de vouloir laisser croire que la gestion du conflit se voulait facile. Toutefois, à titre d'universitaire, je me permets d'avoir certains questionnements en lien avec les intérêts d'un des principaux protagonistes visés : les salariés. Après tout, ce sont eux qui feront un remboursement à chaque semaine pour les cinq prochaines années, n'en déplaise à quiconque !

Daniel Gagnon

Professeur titulaire, UQAC

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