À quand plus de femmes?

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Le Quotidien

Une réelle égalité entre les femmes et les hommes passe nécessairement par plus de femmes dans des postes de pouvoir, y compris en politique. Et le retrait récent de Véronique Hivon de la course à la chefferie du Parti québécois met en lumière le nombre encore trop faible de femmes qui tentent leur chance pour occuper ce genre de fonctions. Pourquoi en 2016 retrouve-t-on encore si peu de femmes dans les hautes sphères du secteur public et privé?

La chroniqueuse Marie-Claude Lortie commentait récemment un nouveau sondage Léger Marketing témoignant de l'ambition professionnelle similaire entre les femmes et les hommes. Alors que se passe-t-il?

À la fin des années 70, aux États-Unis, la notion de plafond de verre a émergé pour désigner les obstacles qui empêchent les femmes d'accéder à des responsabilités majeures. Ce concept demeure toujours d'actualité. En politique, il est clair que les partis manquent à leur rôle de leader en ne faisant pas élire suffisamment de femmes dans les différents parlements. Le manque d'efforts dans le recrutement de candidates n'aide pas la cause. Mais pour comprendre ce qui freine les femmes, il faut aussi s'intéresser à la sphère privée. Certes, elles ont ces dernières années massivement gagné les universités et les milieux de travail, mais elles restent encore celles qui s'occupent majoritairement des responsabilités familiales. Bien que les choses changent, l'inégalité se fait encore sentir au sein des couples.

Malgré la présence d'hommes sensibilisés à la place des femmes dans les structures décisionnelles et quelques lois égalitaires gagnées de haute lutte, force est de constater la lenteur des progrès pour que les femmes puissent accéder à des échelons supérieurs. Des résolutions comme celle des jeunes libéraux, qui viennent de rejeter la parité femmes-hommes au sein de leur propre parti, tendent à démontrer que l'univers politique québécois s'accordera encore longtemps selon le genre masculin. De nos jours, les femmes occupent le plus souvent des postes importants en période de turbulence, ce que la journaliste Noémi Mercier appelle la falaise de verre. Et le risque de rater le sauvetage est d'autant plus important lorsqu'on navigue en eaux agitées.

Le milieu syndical dont je suis moi-même issue n'échappe pas à la difficulté pour les femmes de s'engager. Militer, pour elles, c'est avoir un triple agenda réparti entre les tâches domestiques, la vie militante et la vie au travail. C'est un frein plus qu'évident. Malgré un nombre de militantes en augmentation, la participation des femmes aux exécutifs syndicaux de certains secteurs économiques progresse lentement. En outre, la précarité qui guette davantage de femmes que d'hommes, la réalité du travail à temps partiel et une rémunération moindre pèsent lourd sur les capacités de beaucoup de femmes à soutenir un engagement syndical ou politique.

Des organisations ont mis en place différentes solutions pour favoriser leur implication: prises de parole hommes-femmes en alternance, télétravail, aménagements d'horaires de rencontre, etc. La CSN a aussi adopté le Programme pour l'accès à une représentation équitable des femmes (PAREF) et s'est positionnée en faveur de la déclaration pour la parité femmes-hommes du groupe Femmes, politique et démocratie. Tous les gestes, aussi petits soient-ils, doivent être posés pour accéder à une réelle parité dans les organisations. Mais bien sûr, il reste beaucoup de travail à faire.

Cet automne, des femmes réussiront peut-être à se faire élire à l'issue des deux courses à la chefferie, soit celles de Projet Montréal et du Parti Québécois, ainsi que des élections partielles prévues prochainement. Quoi qu'il en soit, tant que les revendications spécifiques des femmes en faveur d'une réelle égalité des genres seront ignorées, elles auront plus de mal à se tailler une place et à se faire les leaders de changements dans la société. Il est temps que ça change.

Véronique De Sève, vice-présidente, Confédération des syndicats nationaux (CSN)

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