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OPINIONS / «Est décédé au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Centre d'hébergement Monseigneur-Victor-Tremblay...»

Je n'exagère nullement; même si ça force sur le plan du français, c'est du textuel, un genre de formulation que je vois tous les jours de deux à vingt-cinq fois dans les rubriques nécrologiques. Il y a deux aphorismes que ça m'inspire invariablement. Premièrement, le ridicule ne tue pas. Deuxièmement, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

Je ne veux pas mourir dans un CIUSSS quel qu'il soit. Pour paraphraser Brassens, «j'aimerais mieux mourir dans l'eau, dans le feu, n'importe où, ou même, à la grande rigueur, ne pas mourir du tout». Cependant, comme on ne maîtrise que rarement la gestion de ses derniers jours, je jure que, si quelqu'un s'avise de déclarer que j'ai rendu l'âme dans un CIUSSS, je reviendrai la nuit lui tirer les doigts de pied.

Combien a-t-il fallu de réunions, de rencontres de concertation, de caucus, de compromis pour concocter cette désignation ridicule? Les susceptibilités, le désir de paraître, le fendage de cheveux en quatre, ce sont des choses qui s'ébattent à trois dans le même lit. Leurs torrides copulations engendrent des avortons du genre «Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux», désignation à laquelle il faut ajouter un nom de région, car il y a plusieurs CIUSSS, et un nom d'établissement, car tout ce qui précède ne veut rien dire encore. Mais tant mieux si le Ministère et ses thuriféraires se satisfont de ce gargarisme.

Cependant, je m'explique mal que les entreprises de pompes funèbres se font complices d'une telle inflation verbale et publient religieusement vingt fois dans un seul numéro du journal des désignations pareilles. Si on veut être logique, le CIUSSS-SLSJ, ce n'est pas un endroit où l'on meurt, c'est un organisme administratif chargé de gérer un certain nombre d'établissements de santé. Mais, pour désigner un de ces établissements, il est à la fois beaucoup moins bavard et beaucoup plus efficace de citer son nom, plutôt que de le noyer dans un invraisemblable fatras d'informations inutiles dont l'usager n'a que faire. L'hôpital de Chicoutimi, pour ne donner qu'un exemple, tout le monde sait ce que c'est. C'est en outre le vrai nom d'un lieu physique précis, c'est là qu'on visite nos malades ou qu'on s'amène en cas de problème.

Chose certaine, ceux qui travaillent au CIUSSS-SLSJ ne seront pas à votre chevet pour vous tenir la main et vous rassurer lorsque la Camarde brandira sa faux au-dessus de votre lit. Et essayez donc de contacter le CIUSSS-SLSJ si on n'a pas changé la couche de votre aîné! D'abord, qui sait où c'est, le Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean? À peu près personne, et c'est normal, ce n'est pas très important.

Clément Martel

Chicoutimi

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