Un système malade

M. Sylvain Tremblay d'Alma, je voudrais vous remercier deux fois. (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Le Quotidien

M. Sylvain Tremblay d'Alma, je voudrais vous remercier deux fois.

La première pour avoir souligné ce problème. C'est en effet le quotidien des médecins et des pharmaciens de devoir jongler avec tous ces problèmes d'ordre administratif. Eh oui, pas de code, pas de remboursement. Votre médecin pense que c'est le bon traitement pour vous, mais il a oublié le code, ou vous ne correspondez pas aux critères. On punit le malade. Où est la logique dans cette affaire? Nulle part, pensez-vous, et pourtant...

C'est la seule façon que le gouvernement a trouvée pour obliger les médecins à suivre les lignes directrices (recommandations quant aux traitements selon les problèmes de santé). Au lieu de rendre les médecins imputables de leurs choix cliniques et de leurs couts sociétaux, on choisit de sanctionner le patient. Est-ce que notre ministre de la Santé est la bonne personne pour changer cette orientation? Poser la question, c'est y répondre.

Pourtant, il existe des cas où les choix sont non conventionnels, mais tout à fait justifiés, sur les plans clinique et pharmaco économique, mais non, si vous ne rentrez pas dans la case... Une autre approche pourrait être d'utiliser le pharmacien qui est le spécialiste du médicament. Il pourrait travailler en équipe avec le prescripteur pour privilégier des médicaments moins dispendieux lorsque c'est possible, ou revoir périodiquement l'ensemble de la thérapie d'un patient pour évaluer si tout est encore pertinent et optimal. À quand la pleine utilisation et valorisation du pharmacien?

Je voulais également vous remercier pour avoir fait votre démarche auprès de la RAMQ. La plupart des patients manifestent leur mécontentement à la pharmacie, comme si leur pharmacien était de près ou de loin responsable de ces codes ou de leurs absences. Ce comportement est étrange quand on y pense; vous viendrait-il à l'idée de vous fâcher après votre dentiste parce que votre assurance ne couvre pas les soins dentaires? Si tout le monde faisait comme vous, la RAMQ devrait revoir ses façons de faire ou bien engager des téléphonistes de façon massive. À l'heure actuelle, la RAMQ et le ministre de la Santé utilisent du personnel des entreprises privées que sont les pharmacies pour expliquer leurs décisions et absorber le mécontentement des citoyens. Il est en effet tellement plus facile de prendre des décisions impopulaires lorsque l'on n'a pas à les gérer...

En ce qui a trait à votre phrase, «Mon pharmacien, au lieu de faire une vente de 120$, en réalise une de 440$. Nous, nous payons.» Je vous rassure, votre pharmacien aurait eu 9$ d'honoraires avec le service de Xarelto et là, avec le travail fourni, les recherches, les démarches, contacts avec le médecin, le stock plus dispendieux à gérer, la pharmacie recevra... 9$ d'honoraires et rien d'autre (au Québec il n'y a actuellement aucune marge sur le produit pour les assurés du régime public). Et quand le produit coûte 5000$? Encore et toujours 9$... Une autre incohérence du système.

C'est ce 9$ qui va permettre de payer toutes les dépenses: l'emprunt à la banque, la bâtisse, le stock, les employés, les impôts... C'est donc uniquement sur le volume des prescriptions que l'on rémunère le pharmacien. Comme si votre médecin était rémunéré au nombre de maladies qu'il vous trouve. «Aucun sens» vous vient à l'esprit, «on est au 21e siècle» ... Nous sommes d'accord avec vous. Espérons que les négociations actuelles aboutiront à un système de rémunération plus en lien avec la qualité des soins.

Pour finir, en lisant ces explications, j'espère que vous comprendrez mieux la place du pharmacien dans ce système malade. Il est en première ligne, il est le seul accessible facilement et est pris pour gérer tout un tas de situations qui ne relèvent pas de sa responsabilité, mais dont personne d'autre ne s'occupe.

Les pharmaciens sont parmi les professionnels les plus aimés de la population, bizarre pour des distributeurs de pilules, au moins cela nous laisse à penser que tout le monde n'est pas dupe.

Cordialement.

Christophe Augé, pharmacien, Président de l'Association professionnelle des pharmaciens salariés du Québec (APPSQ)

(Réponse à une lettre d'opinion publiée dans l'édition du 9 septembre dernier.)

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