Incohérence médicale

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Le Quotidien

OPINION / M. Gaétan Barrette md et ministre de la Santé,

C'est à titre de citoyen du Québec, pas juste un petit contribuable, surtout pas comme un simple citoyen, un citoyen ordinaire, comme certains nous appellent en cachette, qui prend quelques minutes de son temps pour maintenir en lui «l'impression» que notre budget en santé est bien administré (espoir) et que la vie démocratique autour du milieu hospitalier peut encore émettre quelques pulsations intéressantes. J'en doute, mais j'en assume le risque...

Huit délicieuses journées passées à l'hôpital d'Alma. Oui! Vous avez bien lu! Plus d'une semaine passée à l'hôpital d'Alma, victime comme les autres des coupes et de la tempête CIUSSS, pour être traité avec attention, compétence et intelligente par l'ensemble du personnel au service des malades ou des blessés, personnel réussissant à faire abstraction des contraintes qui leur sont imposées actuellement. C'est à ma sortie de l'hôpital d'Alma que mon plaisir s'est étiolé.

Aujourd'hui, c'est de ma prescription et surtout de son traitement par la RAMQ que j'ai choisi de vous entretenir. Un traitement ridicule, un gaspillage de fonds publics éhonté! Une sorte de bordel administratif, une machine sans tête. Y travailler doit être très douloureux. Les congés pour cause de maladie doivent d'ailleurs y être très populaires.

Voici les faits: le mardi 16 août, je dépose ma prescription sur le comptoir de mon pharmacien. Après analyse, il m'annonce, à ma grande surprise et à la sienne, que le médicament le plus important des trois figurant sur la liste n'est pas couvert par la RAMQ. Il coûte 120$. J'en suis exclu parce que je n'ai pas eu d'opération (un choix de traitement fait par mon orthopédiste après consultations avec des spécialistes du traitement de la hanche). Le médicament prescrit vise à éclaircir le sang et, plus particulièrement, à réduire les risques d'AVC, un véritable danger dans mon cas. Pas banal quand même, un médicament pour éviter les risques de décès. Je suis victime d'une véritable aberration! Après quelques échanges, incompréhensions et lamentations, le pharmacien me convainc de l'importance d'acheter quelques pilules pour les prochains jours, le temps de discuter avec mon médecin et de communiquer avec la RAMQ. Le temps aussi de réfléchir, de voir venir.

Chez mon médecin, qui prescrit régulièrement ce médicament à des patients qui sont exposés aux mêmes risques que moi, rien à faire. Je communique donc avec la RAMQ.

Ça commence... «Votre appel est important pour nous... il peut être enregistré pour améliorer la qualité de nos services... bla... bla... bla...» Le préposé au service comprend très bien l'absurdité de la situation. Il ne peut absolument rien faire pour moi et s'en montre sincèrement désolé. Il conclut en me disant qu'il n'est ni médecin ni pharmacien. «Je ne suis qu'un simple fonctionnaire qui n'a qu'à appliquer les normes, c'est ça mon travail, sinon on me présentera la porte. La norme est claire, pas d'opération, peu importe les autres risques, pas de médicament. La possibilité du médicament d'exception est aussi impossible à invoquer dans votre cas», me dit-il.

Le téléphone sonne. C'est mon pharmacien. «Monsieur, j'ai une solution pour vous. Je peux substituer vos pilules Xarelto à 120$ et les remplacer par du Lovenox (rien à voir avec l'amour). Cependant, c'est un médicament que vous devrez vous injecter. Vous devrez suivre une formation d'une trentaine de minutes à votre CLSC. Tout est légal. Tout est "pharmacologiquement" acceptable. Le Lovenox est tout aussi efficace que l'autre médicament qui vous a été prescrit.»

Imaginez, le médecin choisit de ne pas m'opérer pour des raisons médicales sérieuses. Le système de santé réalise ainsi des économies de milliers de dollars en frais d'opération et me refuse une boîte de pilules de plus ou moins 120$ pour m'empêcher de flirter avec la mort. Un détail: le médicament de remplacement coûte 437,47$, et quant à la formation, c'est le gouvernement qui la paie. Une différence de plus ou moins 500$, incluant les 30 minutes de formation payée par le système. Sans la norme absurde appliquée dans mon cas, le système de santé aurait pu s'en tirer pour 120$. Mon pharmacien, au lieu de faire une vente de 120$, en réalise une de 440$. Nous, nous payons.

Après cette expérience, j'en conclus que la RAMQ n'est qu'un système de gestion des prescriptions. Une autre de ces machines d'État sans cerveau appartenant au monde dit moderne. M. Barrette, combien de milliers de fois cette situation absurde se reproduit-elle par année? À combien de centaines de millions s'élèvent les frais engendrés par cette anomalie? Profite-t-elle à quelqu'un?

Vous qui êtes ministre et - grâce à Dieu - médecin, peut-on greffer à cette bête machine un cerveau ou un mécanisme qui permettrait à une personne intelligente de corriger les aberrations qu'elle engendre? L'homme peut-il encore intervenir et y greffer un peu de son génie?

M. le ministre, j'ai passé huit jours dans les murs de l'un de vos hôpitaux, blessé sérieusement, mais pas trop malade quand même. J'y ai appris une foule de choses et cette lettre n'est pas ma dernière. Ce que j'y ai vu et appris est une véritable honte (erreurs dans l'agrandissement de l'urgence à Alma, la dictature CIUSSS et l'omerta qu'elle impose vis-à-vis les journalistes, le climat de travail atroce, etc.).

Espérant que cette lettre trouvera un destinataire sérieux et un gestionnaire avisé, recevez, M. le ministre, mes salutations.

Sylvain Tremblay

Alma

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