Sommes-nous en train de rater le bateau?

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Marc-Urbain Proulx, professeur d'économie à l'Université du Québec à Chicoutimi

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OPINIONS / Les importations américaines d'aluminium primaire ont doublé au cours des cinq dernières années, en s'accélérant récemment pour atteindre 4,6 millions de tonnes.

Ces croissantes entrées de métal gris au pays de l'Oncle Sam s'expliquent par trois facteurs convergents selon la très crédible agence CRU de Londres. Celle-ci signale d'abord la forte consommation américaine de ce métal, principalement par les industries du transport, de la construction et de l'emballage. Elle atteindra 5,5 millions de tonnes en 2016, soit autour de 10% de la consommation mondiale en forte croissance. Ensuite, on a assisté à de nombreuses fermetures d'alumineries énergivores et polluantes qui a fait régresser la production d'aluminium primaire des États-Unis de son niveau de 3,7 millions de tonnes en 2000 à celui de 0,9 million de tonnes actuellement, soit quatre fois moins. Aussi, les réserves entreposées ont diminué considérablement de leur niveau anormalement élevé des dernières années. On pourrait ajouter en outre que le recyclage en forte croissance depuis 25 ans s'est désormais stabilisé autour de 30% de la consommation américaine de métal gris. Bref, les États-Unis ont de plus en plus recours à l'offre extérieure pour nourrir leur grand appétit d'aluminium primaire. En 2017, il est prévu que les importations de ce pays augmenteront de 42%. Ce qui représente une très belle opportunité pour nos alumineries.

Le Canada a d'ailleurs bénéficié de cette hausse de la demande de son principal marché, notamment avec les livraisons de la nouvelle aluminerie de 420 000 tonnes récemment démarrée à Kitimat en Colombie-Britannique. Ainsi en 2016, le niveau des exportations canadiennes d'aluminium primaire aux États-Unis augmentera encore de 25%. Mais à partir de cette année, ce bénéfice de proximité du grand marché américain ne s'accroîtra pas, car la capacité canadienne d'exportation supplémentaire d'aluminium primaire s'avère nulle à court terme. En effet, il n'existe actuellement aucun chantier de construction de nouvelles alumineries, seules capables de générer de nouvelles productions. Pourtant le Québec propose des coûts d'implantation parmi les meilleurs au monde pour lesquels il faut ajouter l'énergie propre offerte à tarifs compétitifs, la qualité des infrastructures de transport, la formation professionnelle de main-d'oeuvre fiable, la R&D publique. En conséquence, si 77% des importations américaines d'aluminium primaire provenaient du Canada en 2015, c'est-à-dire très largement du Québec, ce ratio va inévitablement décroître considérablement au cours des prochaines années.

Faute d'une offre supplémentaire du bon voisin canadien, les Américains en manque d'aluminium primaire se tournent désormais vers d'autres fournisseurs tels que l'Inde, la Russie et autres pays qui poursuivent actuellement leur hausse de production avec l'établissement d'alumineries à grand gabarit. Ces pays pourront livrer aux États-Unis de l'aluminium primaire supplémentaire à des prix certes encore peu élevés pour le moment, mais en hausse anticipée, auxquels s'ajoutera une prime de transport dite Midwest anticipée aussi à la hausse, par les experts, afin d'attirer les importations.

Il est à noter qu'au début des années 1970, les États-Unis fondaient 32% de l'aluminium primaire consommé dans le monde. En août 2016, cette production représente moins de 2%, alors qu'elle était encore autour de 4% en 2010. Il s'agit d'un déplacement universel de la production d'aluminium des pays centraux vers les périphéries, simplement pour des raisons de coûts de l'énergie. Ainsi, le Québec a triplé sa fonte d'aluminium primaire de 1980 à 2010 pour atteindre 2,5 millions de tonnes. Il s'est engagé depuis dans la voie d'un autre doublement de production de ce métal gris avant 2025. À cet effet, des projets sont déjà ficelés au Saguenay-Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord afin de hausser éventuellement les livraisons de 900 000 tonnes. Mais ces projets ne sont pas encore en chantier en se laissant désirer par les collectivités d'accueil aux aboies et par Québec certes bien intentionné, mais qui subventionne déjà largement cette industrie qui créé de moins en moins d'emplois.

Marc-Urbain Proulx

Économiste

CRDT - UQAC

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