Jean Tremblay: la succession

Jean Tremblay, maire de Saguenay... (Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Jean Tremblay, maire de Saguenay

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Le Quotidien

OPINION / On s'attendait à ce qu'il parte, plusieurs attendaient qu'il parte, mais à peu près personne ne s'attendait à ce qu'il annonce sa retraite politique plus de deux ans à l'avance. On pourrait soupçonner de cette annonce précoce quelque calcul politique digne de Machiavel, mais donnons-lui d'abord le bénéfice du doute. Après 20 ans, M. Tremblay a fait le tour du jardin, il devait laisser sa place, comme plusieurs de ses proches lui ont suggéré.

Mais l'annonce de son départ est paradoxale, car elle est survenue après la formation du parti qu'il venait tout juste de créer. En principe, le Parti des citoyens a tout le temps d'élire un nouveau chef. L'opération paraît simple, mais elle comporte de hauts risques de dérapage liés au type de gouvernance du maire, à la présence de plusieurs des plus anciens conseillers sous son aile et à l'usure politique de son long mandat.

Depuis l'annonce de son départ, Jean Tremblay n'a pas desserré son emprise très forte sur l'administration municipale. Au lieu de laisser s'installer graduellement un climat de renouveau, on l'a vu maintenir un dirigisme très personnalisé, comme s'il ne quitterait pas. Rien n'indique qu'il modifiera son attitude, ainsi que le démontrent les projets et les engagements qu'il impose à l'agenda de la ville.

Un éventuel succès électoral du Parti des citoyens passe par un retrait graduel jusqu'à l'éclipse totale de son chef fondateur. Et si tant est que cela est possible, cette éclipse doit favoriser l'émergence et la montée d'un chef qui incarne un certain renouveau, un net rafraichissement, malgré la présence d'une équipe composée de plusieurs des plus anciens membres du conseil municipal. Personne dans l'entourage du maire ne semble avoir le gabarit politique pour relever le défi. Le maire a justifié la création du PC pour profiter des stipulations liées aux contributions financières de la loi électorale. On y voit plutôt une tentative de pérenniser un système de pouvoir qui jusque-là ne se nommait pas.

L'annonce du départ du maire Tremblay n'a apparemment pas suscité de mouvement significatif envers l'ERD. On a plutôt constaté une recrudescence de candidats indépendants éventuels, dont quelques conseillers municipaux comme Simon-Olivier Côté, Carl Dufour, Jacques Fortin et Jonathan Tremblay. Julie Dufour et François Tremblay hésitent à se lancer sous la bannière ERD.

Erreur de l'ERD

Selon moi, la cause partielle remonte à la période qui a marqué la constitution de son cabinet politique. Dès le début le parti s'est identifié comme l'opposition officielle jusqu'à inscrire dans ses communications institutionnelles «cabinet de l'opposition officielle». Je suis de ceux qui croient qu'il s'agit d'une erreur qui a rendu plus ardu tout rapprochement politique durable avec les conseillers qui manifestaient une certaine indépendance. Jean Tremblay a vite saisi l'opportunité de stigmatiser les deux conseillères de l'ERD, d'isoler les indépendants plus récalcitrants comme Julie Dufour et François Tremblay, et de placer tout le monde dans le même panier des «opposants» par une déclaration intempestive, avant de passer à autre chose...

Malgré les qualités de sa chef et sa performance politique, l'ERD a malgré lui cristallisé dans l'opinion publique l'idée qu'il était d'abord un parti d'opposition, et non une formation politique dont les élus revendiquaient une participation aux décisions du conseil et aspiraient à exercer le pouvoir.

Le phénomène contraire menace d'ailleurs le Parti des citoyens qui risque lui d'être perçu comme marqué par l'usure du pouvoir, incapable d'incarner le renouveau.

Il y a là une partie de l'explication à la soudaine popularité d'éventuels candidats «indépendants», qui se présentent généralement et sont perçus à tort ou à raison par une portion de la population être davantage au service des citoyens. C'est exactement le profil du candidat vedette Charles Cantin qui se pose déjà en défenseur des intérêts de Jonquière, qui depuis la fusion aurait été désavantagé au profit de Chicoutimi. Ça semble être aussi le cas pour Arthur Gobeil, président de la Société de la Vallée de l'aluminium.

Bien évidemment, les dés ne sont pas encore joués. L'ERD a encore du temps devant lui pour convaincre de sa capacité à prendre et exercer le pouvoir. Entre-temps le départ de Christine Boivin crée un vide politique que la chef et le parti devront combler rapidement en faisant émerger quelques candidats de calibre. Le parti doit certes se (re) constituer une image d'équipe. C'est une tâche à laquelle les dirigeants du parti doivent activement participer, mais en sourdine dans les coulisses, à moins de se lancer eux-mêmes dans la bataille électorale. Un parti dont les dirigeants interviennent publiquement dans le débat politique peut laisser croire qu'il dicte la conduite de ses élus eux-mêmes.

Laval Gagnon

Chicoutimi

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