Les coûts réels du stationnement

Depuis quelques jours, la hausse des coûts reliés aux stationnements des... (Archives La Tribune)

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Le Quotidien

Depuis quelques jours, la hausse des coûts reliés aux stationnements des hôpitaux de la région a bien fait jaser. Lorsqu'il est question de stationnement, l'émotion l'emporte souvent sur la raison. Essayons, rationnellement, de comprendre le coût réel d'une case de stationnement offerte gratuitement aux automobilistes. Effectivement, une case dite gratuite a, comme toute chose, un coût.

Pensons, à titre d'exemple, aux coûts du terrain, aux coûts des matériaux nécessaires pour sa construction, aux coûts de son entretien et de son déneigement année après année. L'offre en stationnements gratuits possède également un coût virtuel associé à ce qui aurait pu être fait de plus productif sur ce terrain, soit le coût d'opportunité, et ce, sans penser aux coûts qui gonflent exponentiellement lorsqu'il est décidé d'implanter des structures étagées ou souterraines. Or, tous ces coûts doivent être assumés par quelqu'un. Le coût du stationnement doit donc être réparti, et ce, même si la réglementation exige des quantités minimales accentuant des modes de vie sédentaires au profit de l'automobile.

Lorsqu'il est offert gratuitement, le coût du stationnement se répercute dans le prix de toutes les autres choses : les achats, les services, les taxes et les impôts. Puisque l'automobiliste ne paie pas directement l'utilisation d'un stationnement, c'est l'ensemble de la communauté qui doit le faire, qu'elle l'utilise ou non, qu'elle soit à pied, à vélo ou en voiture et qu'elle en ait les moyens financiers ou non. En fin de compte, la communauté se cotise pour que vous utilisiez votre voiture.

L'utilisation de la voiture est très contreproductive, notamment d'un point de vue de santé publique. Il est maintenant démontré que les problèmes de santé sont aujourd'hui en grande partie dus à un mode de vie sédentaire. Or, le plus grand outil de la sédentarité est certainement l'automobile. En ce sens, ne serait‐il pas logique, comme société, d'y mettre un prix, ne serait‐ce que son coût réel ? Cela permettrait de réduire l'escalade des dépenses en santé liées à notre mode de vie peu actif et de récupérer une partie de l'argent dépensé sans compter pour ces espaces improductifs.

L'utilisation de la voiture, dans notre société, ne cesse de produire des environnements urbains obésogènes, soit des mares de stationnements, des boulevards infranchissables, des lotissements résidentiels en cul‐de‐sac, des quartiers monofonctionnels ou des nouveaux développements toujours plus loin du centre‐ville et des services. Pourtant, les municipalités continuent d'exiger, dans leur réglementation, des quantités excessives de cases de stationnement pour toutes les nouvelles constructions, subventionnant ainsi l'utilisation de la voiture de manière indirecte. Cette réglementation, basée sur aucune étude crédible, n'a pour but que de gérer l'offre plutôt que la demande. Pourtant, sans cette quantité de stationnements, la Ville devient soudainement assez compacte pour tout faire à pied.

D'un côté, la société paie une fortune pour le système de santé et de l'autre, on exige la construction de quartiers où il est difficile de se déplacer à pied, mais ayant suffisamment de stationnements pour supporter la plus grande demande annuelle.

L'offre et la demande, un principe économique fort simple, permettent de réguler la présence ou non d'espaces de stationnement disponibles. Par exemple, si l'ensemble des 1400 cases que compte le stationnement de l'hôpital de Chicoutimi, représentant environ quatre hectares, soit neuf terrains de football, est parfois occupé à pleine capacité, c'est que le prix n'est pas suffisamment élevé. La demande est donc plus élevée que l'offre. Plutôt que d'augmenter l'offre à coût de millions de dollars, il faut contrôler la demande, et ce, en ajustant le coût. De toute manière, l'argent amassé ne permet seulement qu'un faible profit lors des dernières semaines de l'année, le reste ne couvrant que les dépenses.

Or, il est vrai qu'une partie des employés et des visiteurs est une clientèle captive. Néanmoins, l'hôpital est desservi en transport collectif et sa localisation centrale permet à une grande partie de la population de Chicoutimi de s'y rendre à pied en moins de 20 minutes. L'augmentation des tarifs en stationnement inciterait certainement une fraction des employés ou des visiteurs à s'y rendre autrement, soit en bougeant plus, libérant ainsi des places pour des visiteurs ayant réellement besoin de stationnement.

En fin de compte, le problème, avec le stationnement, n'est pas qu'il coûte trop cher à l'hôpital, c'est qu'il soit offert gratuitement en grande quantité partout ailleurs et qu'on fasse si peu pour les moyens de transport collectifs et actifs.

Louis Mazerolle, urbaniste 

Véronique Montpetit, urbaniste

Montréal

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