Les «suiveux»

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Le Quotidien


Dans une fable de Rabelais, un des protagonistes, Panurge, jette à la mer un mouton dont les bêlements attirent à sa suite le reste du troupeau qui s'y noie. Il s'agit, vous l'aurez deviné, d'une parabole pour désigner celui qui suit la parade sans se poser de questions; sans esprit critique; sans faire preuve de jugement, vertus qui doivent seoir à un humain, peut risquer gros. Allant de l'opprobre social à la faucheuse.

À l'automne 1984, 10 000 caribous, alors en migration dans le Grand-Nord du Québec, trouvent la mort en se jetant à corps perdu dans la rivière Caniapiscau. Phénomène naturel selon certains spécialistes; catastrophe écologique causée par l'hydroélectricité pour d'autres; enfin, beaucoup ont prétendu que c'est l'instinct «bébête» des caribous les incitant à suivre le chef de la horde qui les a perdus. Toujours un mystère.

En décembre 2000, le citoyen Yves Michaud voit le chef péquiste et premier ministre Lucien Bouchard (avec la complicité de Jean Charest alors chef de l'opposition) mettre fin abruptement à sa carrière politique en faisant voter unanimement et sans débat par l'Assemblée nationale du Québec, une motion de blâme à son endroit, pour avoir tenu des propos antisémites en public. Ce qui s'est avéré faux par la suite. La victime de la motion scélérate ne s'est pas laissée faire, mais a été déboutée par les basses et hautes cours du pays. Sa cause est toujours pendante devant un tribunal de l'ONU. Comment les membres de la plus haute institution démocratique du Québec, en grande partie de l'élite intellectuelle, ont-ils pu, à ce point, se comporter en moutons de Panurge? Cela dépasse l'entendement.

Quant à l'esprit critique, au jugement et à l'intelligence dont sont supposés faire preuve nos élites intellectuelles présumées, lisez bien cette suite... délectable. Dernièrement, l'organisation écologique Greenpeace a été accusée de crime contre l'humanité par un distingué magistère pour avoir, soi-disant, fait campagne contre le riz doré. Il s'agit d'un riz transgénique présumément capable d'augmenter le taux de vitamine A, ce qui pourrait sauver un demi-million de jeunes de l'hémisphère sud de la cécité, voire de la mort. Mais selon Glen Stone, anthropologue et professeur à l'Université George Washington de St. Louis, le riz doré n'est pas et n'a jamais été bloqué par Greenpeace, parce que ledit riz n'existe tout simplement pas. On tente présentement de le mettre au point, mais sans succès. Et d'ajouter le spécialiste: ce riz a montré, lors d'essais en 2012 et 2013, des rendements inférieurs à une même variété dépourvue du transgène. Conséquemment, bien que Greenpeace soit notoirement connu pour ses positions anti-OGM, il n'est nullement responsable du non-recours au riz doré. Mais qu'à cela ne tienne, les détracteurs ne s'enfargent pas dans les fleurs du tapis, quand vient le temps de casser du sucre sur le groupe écologique.

Cette fois-ci, les manipulateurs de l'opinion publique, et pas n'importe lesquels, y sont allés d'une campagne de dénigrement contre Greenpeace, sans connaître les faits sur le sujet. Il s'agit de 107 Prix Nobel, dont 33 chimistes, 41 médecins, 24 physiciens et 8 économistes. J'en reste encore médusée. La calomnie venant de personnes dont on s'attend à plus qu'un minimum de jugement éthique et d'esprit critique constitue à mes yeux, un crime absolument stupéfiant. Et, dire qu'il y en a pour tenter de nous convaincre qu'il faut combattre, en même temps, Greenpeace et les intellectuels de ce monde.

Blandine Lapointe-Brassard, Jonquière

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