De précieuses interventions à rappeler

Le Déluge du Saguenay en 1996... (Archives Le Quotidien)

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Le Déluge du Saguenay en 1996

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OPINIONS / Dernièrement, on a beaucoup parlé de l'événement important du Déluge. On a fait état des dommages matériels, du travail compétent de personnes-clés, du nombre de personnes évacuées, des entreprises sinistrées et de l'implication compétente de l'organisation de la Sécurité civile, de la Croix-Rouge, et de certains ministères. Il n'a été fait aucune mention des intervenants de CLSC - infirmières, travailleuses sociales, psychologues, agents de relations humaines, médecins et autres spécialistes -, et de leur mobilisation pour minimiser les effets dévastateurs du sinistre. Il me paraît nécessaire de rappeler leur rôle inestimable lors de cet événement.

Il va de soi que lorsque la vie ou les besoins vitaux sont menacés, interviennent d'abord les organismes et les personnes préparés à sauver des vies et à prévenir de plus importants dégâts. L'orchestration de leurs interventions revient aux maires des municipalités qui, via le centre de coordination de gestion des risques, lancent dans l'action leur corps de police et de pompier et demandent l'aide de la Sécurité civile, de la base militaire, de l'armée et des gouvernements supérieurs si nécessaire. Depuis plusieurs années, pas seulement nos municipalités, mais aussi nos hôpitaux, nos usines, nos écoles, nos foyers de personnes âgées ont l'obligation de se préparer à faire face aux sinistres possibles. Après avoir identifié ceux qui pourraient se produire, ils ont préparé pour chacun un plan d'urgence, comprenant une ligne d'autorité dans l'intervention, le rôle précis des personnes et des organismes, la communication avec les journalistes et le public, les ententes avec des donneurs de services, abris, nourriture, vêtements... bref, tout le contenu d'un plan de mesures d'urgence.

Une fois la sécurité physique assurée, les responsables psychosociaux se lancent dans l'action. Leur but est d'écouter les besoins des sinistrés, de les informer et surtout d'introduire des anticorps psychologiques pour minimiser les effets néfastes de leur vécu en puisant dans leurs ressources. Ces anticorps consistent à identifier les agents stressants, à normaliser les réactions vécues - un événement hors de l'ordinaire ne peut que provoquer des réactions hors de l'ordinaire chez une personne normale - à informer des suites possibles et des moyens en leur pouvoir pour les atténuer.

Au moment du Déluge, les CLSC de la région étaient bien préparés à l'intervention socio-sanitaire en mesures d'urgence. Quelques mois avant, des intervenants avaient reçu une formation sur le sujet; chaque CLSC avait désigné un responsable, s'était monté une équipe, avait élaboré un plan de mesures d'urgence, l'avait fait connaître, et était allé rencontrer les responsables de la municipalité et de la Croix-Rouge pour faire connaissance, s'entendre et s'informer sur le rôle de chacun. De sorte que dès les premiers instants du déluge, les intervenants des CLSC de la région savaient comment agir. Leur action commencée dans les refuges (le centre Georges-Vézina en ce qui concerne Chicoutimi et ses environs), s'est poursuivie en plus du lieu même des CLSC, dans divers points de service, à Laterrière, La Baie et L'Anse-Saint-Jean, là où des personnes étaient lourdement touchées. Ces premiers intervenants se sont enrichis de psychologues en bureau privé et de certains enseignants en travail social et en soins infirmiers de l'UQUAC et des Cégeps, qui ont mis bénévolement leur expertise au service des sinistrés. Par la suite, de nombreuses séances dites de « débriefing » (de verbalisation) ont été menées dans divers organismes.

Des semaines après le sinistre, le 5% des personnes plus vulnérables qui arrivaient mal à s'en sortir en raison de deuils récents, des lourdes pertes encourues, de l'exposition aux dangers, etc. pouvaient encore bénéficier des services de psychologues et de travailleurs sociaux en bureau privé, grâce aux Bons de la Croix-Rouge, suggérés par François Fradette, alors administrateur de l'Ordre des psychologues. Cette expertise des intervenants psychosociaux de la région a été reconnue par le ministère des Affaires sociales, lors de la crise du verglas à Montréal et en Montérégie, où on a requis l'aide de plus de 50 intervenants de la région, infirmières, travailleuses sociales et autres disciplines. Pendant une semaine, ces professionnels ont été affectés dans divers milieux de Saint-Jean-sur-Richelieu et des environs, pour pallier l'impuissance temporaire des spécialistes sur place, débordés par les besoins ou trop touchés pour intervenir efficacement. Pour accélérer la réponse aux besoins, on m'a même demandé de donner une formation à plus de 40 spécialistes oeuvrant dans des programmes d'aide aux employés.

Il est difficile d'évaluer les effets de ces interventions psychosociales en terme de prévention. Il reste qu'en comparant avec des groupes témoins, de études scientifiques ont démontré que plus vite une personne en déséquilibre - ce qui est normal en situation de perte et de danger - retrouve son rythme habituel ou reconnaît son besoin d'aide et le reçoit, plus les symptômes s'atténuent rapidement, évitant ainsi à long terme d'importants dommages à la santé physique et psychologique. Malheureusement, ce travail de prévention psychosocio-sanitaire moins visible et moins spectaculaire est vite oublié.

L'occasion est belle de nous informer si après les coupes drastiques dans les services préventifs, il y a encore dans les CIUSSS, outre le plan d'urgence médical, un responsable des mesures d'urgence psychosociales et des équipes préparées à intervenir efficacement. Du moins, sait-on sur quelle tablette se trouve le cartable détaillant le plan de mesures d'urgence psychosociales préparé à grands frais. Le mettre à jour permettrait d'éviter d'intervenir dans le chaos, si.....

Robert Gaudin

Psychologue honoraire, à l'époque formateur provincial et responsable régional des mesures d'urgence psychosociales en situation de sinistre

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