Quelle dignité?

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Le Quotidien

OPINIONS / Légalement, pour obtenir, au Québec, et bientôt au Canada peut-être, le droit de mourir dans la dignité, un malade doit être majeur en fin de vie, atteint d'une maladie grave ou incurable, dans une situation de déclin avancé et irréversible, éprouvant des souffrances physiques ou psychologiques intolérables, apte à consentir aux soins.

Ce dernier critère signifie qu'il doit être lucide lors de sa mise à mort à l'aide de trois injections intraveineuses: la première pour endormir, la deuxième pour provoquer un coma et la dernière pour provoquer la mort par apnée. Le tout d'une durée de dix minutes maximum. Une mort sereine, désirée et sans douleur. Mais pour avoir droit à ce nirvana, le malade doit démontrer hors de tout doute qu'il est en pleine possession de ses capacités mentales. Que son jugement n'est pas obscurci par des médicaments comme les opiacés (fentanil).

Dans la loi québécoise, il est écrit que la mort doit être imminente. Dans la future loi canadienne, s'il en est, le critère majeur pour accéder à l'aide à mourir est plus vague et confus: la mort naturelle doit être raisonnablement prévisible. Quelque chose qui va rebuter le médecin, seul à pouvoir poser le geste de mise à mort, de procéder, craignant de se voir emprisonner pour meurtre. Dans quel but une notion aussi nébuleuse serait-elle introduite dans la loi, si ce n'est que pour ménager les susceptibilités religieuses et idéologiques de groupes de pression comme les Pro-Vie?

Pour contourner cet écueil, certains patients désireux de garder le contrôle sur leur vie ont opté pour les grands moyens. Par exemple, ce patient complètement paralysé à qui on refusait le droit à une fin de vie digne, dont la mort était considérée comme non imminente qui a refusé de s'alimenter durant près de deux mois, pour finalement répondre aux critères de la loi. Ou cet autre qui a pris la décision de mettre fin à sa médication analgésique des jours avant l'intervention ultime pour démontrer au médecin traitant qu'il avait pris sa décision en toute connaissance de cause.

Loin de moi l'idée de souhaiter que pareille situation arrive à celui qui philosophe sur le sens de la souffrance et de la mort, ou à un de ses proches, mais... Mais, il faut souhaiter que le temps fasse son oeuvre et que les opposants comprennent enfin que le but de la loi n'est pas de les accommoder eux, en ménageant leur susceptibilité, mais de répondre au plus grand nombre de malades. Ceci étant dit, pour éviter l'indignité et l'ambiguïté où se retrouvent certains malades, la loi devrait comporter une clause dérogatoire qui permettrait au médecin traitant d'utiliser son jugement clinique avant tout le reste. Comme celui d'un citoyen ayant donné son consentement préalable pour obtenir l'aide à mourir, ou de cas semblables à celui de Tracy Latimer, tuée par son père, pour alléger leurs souffrances.

Blandine Lapointe-Brassard, Jonquière

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