Les oreilles me frisent!

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Le Quotidien

L'expression n'est pas de moi, mais de Marie-Claude, la fille de ma conjointe, qui en avait fait un slogan chez ses élèves du temps qu'elle enseignait à l'École apostolique. Il n'empêche que le mot est fort juste, en ce qui me concerne. Oui, les oreilles, elles me frisent chaque fois que j'entends une grossière faute de français, surtout à la radio ou à la télévision, mais aussi dans le public en général.

Bien que j'aie déjà écrit sur le sujet, je me permets d'y revenir. C'est que le problème n'est pas réglé, loin de là. Malheureusement, je ne peux, dans l'espace qui m'est imparti, faire le tour de la question. Mais voici quand même quelques cas patents.

1- Le verbe «débuter» est résolument intransitif. Il n'admet jamais de complément d'objet direct. Ainsi: «Le professeur a débuté son cours...» est fautif. Mais: «Le cours a débuté à 9 heures» est tout à fait correct. «Le professeur a commencé son cours» est très bien aussi.

2- À propos de compléments d'objet direct ou indirect, justement, voici une faute qui a vraiment la vie dure dans les commerces. «Avez-vous été répondu?» nous demande-t-on couramment. Mais il suffit d'y réfléchir. On peut répondre telle chose à quelqu'un, mais pas répondre quelqu'un. Aussi, la forme passive n'est pas admise dans ce cas. N'est-il pas tout aussi facile de dire: «Avez-vous été servi?» ou encore: «Vous a-t-on répondu?» C'est beaucoup plus élégant, en tout cas. Et si les propriétaires d'entreprises en disaient deux mots à leurs employés?

Notons que c'est là une règle d'airain du français: seuls les verbes transitifs directs peuvent être conjugués à la forme passive.

3- Le mot «définitivement», tant chéri des commentateurs sportifs et gérants d'estrade, n'a jamais voulu dire résolument, décidément, nettement, certes, catégoriquement, assurément. Il n'a qu'un sens, c'est: de façon définitive, irrémédiablement.

4- Voici maintenant un cas qui va en faire sourciller plus d'un. L'avènement de Facebook a imposé une traduction parfaitement impropre du mot anglais «to share». On en a fait «partager». Depuis, on trouve ce mot partout, dans les emplois et les constructions les plus abusifs. Le verbe partager a plusieurs sens, dont celui de répartir entre plusieurs. Mais il n'a pas le sens de donner une part, plutôt celui de prendre une part, comme, par exemple, dans: «Je partage ton avis.» Ainsi, n'en déplaise à tous les chalands des réseaux sociaux, «partager des photos» est fautif. Ce verbe n'a pas le sens de publier, relayer, transmettre, acheminer, réexpédier, afficher, raconter, etc. Par ailleurs, on entend souvent: «Partage-moi telle ou telle chose.» Une autre faute évidente: on ne partage pas à quelqu'un, mais on peut partager quelque chose avec quelqu'un.

Clément Martel, Chicoutimi

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