Scier la branche sur laquelle on est assis

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OPINION / Dans le texte qu'il a publié le 30 avril, dans la page débat du Quotidien, Nicolas Mainville avait bien raison de rappeler que «le secteur forestier québécois a été forgé par des milliers de travailleurs et a su traverser les époques grâce à leur expertise et la recherche de nouveaux débouchés». Il avait aussi raison de mentionner que «le génie québécois et l'amour des travailleurs pour leur forêt publique sont des éléments-clés qui mèneront au virage essentiel pour assurer la pérennité et le succès de l'industrie forestière au Saguenay-Lac-Saint-Jean».

La preuve? Une fois encore, les travailleurs forestiers, les citoyens et leurs élus municipaux ont prouvé leur attachement à la forêt et à l'industrie, en participant à la marche de solidarité forestière, le 1er mai dernier à Saint-Félicien. Ils étaient plus de 4500 à affirmer haut et fort: «Je lutte contre les changements climatiques, je construis en bois.»

Malheureusement, l'éclair de génie de M. Mainville a vite diminué en intensité. Il s'est en effet empressé de signaler une nouvelle ère à bâtir sur les principes d'aménagement durable. Or, c'est la base même des lois provinciales depuis 30 ans maintenant, plus précisément depuis son adoption par le conseil des ministres canadiens des Forêts en 1986. C'est aussi la raison pour laquelle le premier ministre du Québec et le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs peuvent affirmer haut et fort que notre régime forestier est l'un des plus exigeants au monde.

Pour ce qui est de la participation et du consentement des communautés autochtones à la gestion intégrée des forêts, M. Mainville a bien pris soin de passer sous silence la responsabilité de l'État à cet égard, ce que le gouvernement du Québec a d'ailleurs lui-même reconnu.

Sans oublier un succès comme celui de la scierie d'Opitciwan, une coentreprise de Résolu avec le conseil atikamekw d'Obedjiwan (propriétaire à 55%). Cette initiative a d'ailleurs été saluée, en 2013, par le Prix du leadership des entreprises autochtonesdécerné par l'Association des produits forestiers du Canada (APFC) et le Conseil canadien pour le commerce autochtone, en plus d'autres prix remis par la Banque Royale du Canada et Industrie Canada au début des années 2000.

M. Mainville, qui aime donner des leçons, s'est appliqué ensuite à démontrer comment «investir à la bonne place». Wow! Il s'est appuyé entre autres sur l'avènement du bois d'ingénierie pour réclamer de Québec «une plus grande place aux produits du bois dans la construction». Malheureusement, il a oublié deux petites choses: 1) l'industrie produit du bois d'ingénierie depuis un bon moment déjà et 2) des amendements ont été apportés en 2010 au Code de construction du Québec pour ce qui est de la construction de bâtiments en bois.

La contribution de M. Mainville aurait été plus pertinente et utile s'il nous avait indiqué quand et comment il entend convaincre Greenpeace d'arrêter de souffler en même temps le chaud et le froid. Pendant combien de temps va-t-elle continuer, d'une part, à réclamer la réduction de la récolte forestière, à mener des campagnes de boycottage et à tenter de sortir l'industrie de la forêt boréale et, d'autre part, à demander en même temps à celle-ci d'investir davantage?

Pour ce qui est de l'ouverture de l'industrie à de «nouveaux produits», M. Mainville est demeuré bien silencieux sur la façon dont il va s'y prendre pour convaincre Greenpeace de prouver réellement son attachement envers les travailleurs. Quand Greenpeace va-t-elle épauler les entreprises forestières dans leurs coûteux efforts de recherche, de développement et de production de ces produits innovants?

Le problème des activistes environnementaux, c'est qu'ils tiennent des discours qui ne respectent pas le gros bon sens économique. Pour investir, il faut des conditions bien précises. Or, celles-ci ne sont toujours pas réunies et Greenpeace continue à mener des campagnes de désinformation systématique qui compromettent les chances de les réunir. Quelle contradiction!

Les travailleurs ne sont pas dupes de l'intérêt soudain que semble vouloir leur exprimer M. Mainville en même temps que Greenpeace multiplie les attaques frontales et brutales contre leur gagne-pain. Et d'ici à ce que ses bottines finissent par suivre ses babines, ils ne le seront pas plus.

En attendant, M. Mainville aurait tout intérêt à regarder encore l'émission Enquête du 24 mars dernier. Il finira peut-être par comprendre une fois pour toutes qu'à force de scier la branche sur laquelle on est assis, on finit inévitablement par tomber.

Denis Goulet

Dolbeau-Mistassini

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