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Le Manoir du Saguenay de Rio Tinto Alcan.... (Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Le Manoir du Saguenay de Rio Tinto Alcan.

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Le Quotidien

OPINIONS / Au rythme où les mauvaises nouvelles économiques se succèdent dans la région, il est de bon ton pour se divertir, ne serait-ce qu'un court instant, de tourner les yeux vers les jeux, et les hot-dog.

Même le journal Le Quotidien nous y a conviés la semaine dernière au cours du débat du vendredi où les deux panélistes en parfait accord, encensaient la direction des Marquis de Jonquière pour avoir engagé le célèbre entraîneur, Richard Martel, afin de sortir les joueurs de leur torpeur et en espérant de causer le revirement de situation tant attendu. Symbolisme des temps qu'un journal dédié à l'actualité sous différentes formes accorde dans ses pages autant de place au sport.

Il peut paraître également étonnant de se réjouir quand une multinationale, comme RTA, se ravise sur de nouveaux délais de paiement imposés à ses sous-traitants (60 au lieu de 120 jours). Comment une richissime compagnie peut-elle descendre aussi bas, si ce n'est que dans l'hémisphère sud, les compagnies minières ont la réputation de se comporter en barbares? Le président de la Chambre de commerce de Saguenay dans l'édition du 14 avril dernier du Quotidien a trouvé la nouvelle excellente. Pourtant, ça permet juste aux PME impliquées de garder la tête hors de l'eau. Les nouvelles annonciatrices de vraies avancées économiques sont rarissimes, à moins de se laisser prendre au jeu de la forestière PFR, elle qui soigne son image avec de gros titres annonciateurs dans les médias sur de belles intentions d'investir. Mais toujours conditionnelles à l'impossible, comme cette possibilité forestière si chère à son PDG qu'il ne cesse de mettre en balance contre des investissements et des emplois. Pour satisfaire cette compagnie, il faudrait revenir à l'époque d'avant le régime forestier: celle du saccage sans vergogne de nos forêts dans un total mépris de la biodiversité, des communautés autochtones, etc.

Une chose en entraînant une autre, les fermetures d'entreprises régionales qui se poursuivent sans relâche font que la région métropolitaine de Saguenay se vide de ses citoyens dans la force de l'âge (550 départs en 2015). Résultat: selon la Chambre immobilière du Saguenay-Lac-Saint-Jean, au cours des trois premiers mois de 2016, Saguenay connaît le pire recul au Québec en matière de marché immobilier résidentiel. Pendant que Gatineau et Sherbrooke ont connu des hausses de 10% et plus des ventes de maisons, ici nous avons le triste record de moins (-) 9%. Près de 20 points de% inférieurs. À vrai dire, le plus bas compte de taxes au Québec, dont se targue notre maire pour vendre Saguenay, n'a pas le résultat escompté.

Pour poursuivre dans la même veine, à Alma, la semaine dernière, une entreprise d'agence de sécurité a mis la clé sous la porte, mettant à la rue 25 travailleurs qualifiés. Raison: une compétition malhonnête exercée par des tartempions sans permis, découlant elle d'une compétition inégale venant d'entreprises de l'extérieur aux reins plus solides. Pour sa part, le citoyen lambda dans tout cela, devrait se saisir de l'effet délétère sur l'économie régionale de la fermeture d'un magasin d'équipements sportifs à Chicoutimi. Raison: de pseudo-clients y allaient pour photographier ce qui les intéressait, pour se le procurer ensuite via Internet. Bonjour la solidarité régionale quant à l'achat local! Les profiteurs à l'affût des aubaines seront sans doute au premier rang pour acheter... localement... à rabais quand viendra le moment de la vente de fermeture du magasin. Acheter localement, voilà une contribution qui peut sembler minime si prise individuellement pour le citoyen lambda qui ne sait réagir devant l'ampleur de la déliquescence de l'économie régionale. Pour s'en convaincre, selon le CPQ, si chaque citoyen remplaçait 20$ d'achat par semaine de produits importés par des produits locaux, ça pourrait représenter un apport économique de 8 milliards de dollars à l'échelle du Québec.

Au bout du compte, il ne faut pas se surprendre avec toutes les mauvaises nouvelles économiques qui nous tombent dessus, qu'aux yeux de certains, la nouvelle d'une multinationale qui reconnaît sa faute et se ravise, sans que cela n'ajoute davantage à l'économie régionale, soit perçue comme... excellente.

Marcel Lapointe

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