Foresterie durable: la solution

Une étude sur l'impact socio-économique de la mise en oeuvre de la... (Archives Le Quotidien, Gimmy Desbiens)

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Le Quotidien

Une étude sur l'impact socio-économique de la mise en oeuvre de la certification forestière FSC au Saguenay-Lac-Saint-Jean a récemment été rendue publique. Cette publication a suscité plusieurs réactions qui attribuent à la certification FSC la perte de nombreux emplois dans le secteur forestier. Nos organisations environnementales considèrent que l'étude apporte des éléments d'information nouveaux aux discussions, et des recommandations importantes à suivre. Cependant, nous ne pensons pas que l'étude à elle seule permette des conclusions décisives sur les impacts de l'application de la norme FSC, à cause de certains éléments manquants.

Mettre en oeuvre l'aménagement durable des forêts, que ce soit via le nouveau régime forestier québécois ou la certification FSC, aura des impacts sur la possibilité forestière. L'étude évalue des impacts d'environ un million de mètres cubes de bois pour l'atteinte des cibles gouvernementales; le double dans le cas des critères de la norme FSC. Toutefois, certains aspects n'ont pas été considérés dans cette étude. Nous estimons qu'il aurait été important de comptabiliser les mesures d'harmonisation, notamment celles que nos groupes avaient proposées dans une plateforme conjointe de solutions pour la forêt boréale. Ces mesures permettraient de libérer des volumes de bois excédentaires afin de maintenir un niveau d'approvisionnement acceptable aux usines et d'atténuer ainsi les impacts. Ne pas en tenir compte équivaut à présenter un budget avec une colonne des dépenses très détaillée et une évaluation incomplète des revenus.

Parmi ces mesures d'harmonisation, comptons la remise en disponibilité des volumes de bois non récoltés dans la période 2008-2013, de l'ordre de 4 millions de m3 au Saguenay-Lac-Saint-Jean. De plus, le Forestier en chef a calculé qu'il serait possible d'augmenter d'environ 200 000 m3 par année les volumes de bois accessibles au Saguenay-Lac-Saint-Jean en modifiant les délimitations des unités d'aménagement forestier. Cela laisse donc penser qu'il y a une marge de manoeuvre si on se laisse la chance de chercher des solutions.

Pas la seule variable

D'autre part, il faut utiliser avec réserve les projections d'impact sur l'emploi à partir des baisses de possibilité forestière. Les auteurs de l'étude reconnaissent d'ailleurs que «la récolte de bois n'est que l'un des facteurs qui influent sur le niveau d'emplois dans [le] secteur [forestier], et que plusieurs autres facteurs tels que la demande des produits, la compétitivité des entreprises et les gains de productivité jouent un rôle important.» L'étude mentionne qu'entre 1991 et 2004, le Québec a vécu une augmentation du niveau de récolte de l'ordre de 49%. Cela n'a pas empêché la perte de 13 446 emplois dans le secteur des pâtes et papiers durant la même période.

La demande des produits du papier s'est d'ailleurs profondément transformée dans la dernière décennie. L'étude démontre que la perte définitive de la norme FSC mettrait en péril les activités des usines de pâtes et papiers, déjà fragilisées par la décroissance du marché des papiers journal et d'impression. La certification FSC permet justement aux entreprises forestières de répondre à cette nouvelle réalité en garantissant une licence sociale solide et vérifiée de façon indépendante.

Moderniser et diversifier

Au-delà des impacts sur la possibilité forestière, l'étude soulève des problèmes de fond qui demandent des changements importants dans la structure de l'industrie forestière régionale. 21,9% du bois au Québec est récolté au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Pourtant, à l'échelle de la province, la région ne possède que 10% des emplois du secteur forestier, et seulement 4,7% dans les secteurs de la 2e et 3e transformation. C'est justement là, dans la 2e et 3e transformation, que les investissements sont les plus profitables pour les communautés. C'est là que le bois se transforme en valeur. De plus, l'étude assure qu'«aucun impact majeur n'est prévu pour les entreprises de 2e et de 3e transformation.» Or, l'industrie forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean n'est pas pleinement développée dans ces chaînons de production à valeur ajoutée. Le bois est envoyé à l'extérieur. En conséquence, la région est privée des retombées et des emplois qu'elle serait en droit d'espérer. La région récolte le bois, mais n'en récolte pas les fruits.

Il apparaît clair qu'une transition de l'industrie forestière s'impose. En ce sens, nous accueillons positivement les recommandations de l'étude. Nous partageons l'idée de mettre en place une stratégie régionale de production de bois et d'investir dans une sylviculture basée sur la valeur et non sur le volume. Nous appuyons également la mise en place d'une stratégie concertée auprès des acteurs du milieu, incluant les organisations environnementales.

Finalement, nous croyons qu'il est essentiel que Produits forestiers Résolu récupère les certificats FSC qui ont été perdus en décembre 2013. Après tout, le Québec a intérêt à maintenir son engagement envers la norme FSC et à préserver sa place compétitive dans ce marché.

Philippe Dumont, Boréalisation, Louis Bélanger, Nature Québec, Pier-Olivier Boudreault, Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec)

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