La méthode Harper

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard... (Archives Le Quotidien)

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Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard

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Quand des gens critiquent trop ouvertement votre travail, la solution facile, c'est de les faire taire. Une méthode héritée du gouvernement de Stephen Harper qui semble avoir fait école, Philippe Couillard s'appliquant à faire de même au Québec. Avec l'abolition prévue du Commissaire à la santé et au bien-être, nous assistons ni plus ni moins à l'élimination du dernier contre-pouvoir en santé, du dernier rempart critique contre un gouvernement qui, visiblement, n'accepte pas qu'on juge de son travail.

À la page 186 des renseignements additionnels du dernier budget du Québec, une mention discrète annonce la fin des activités du Commissaire. En 2003, alors que le gouvernement libéral était au pouvoir, ce poste avait pourtant été décrit comme «fondamental» dans l'analyse des décisions du ministère. Ces mots, ils étaient de Philippe Couillard, et le Commissaire à la santé, c'était son idée.

Aussi étrange que ce changement de cap puisse paraître, l'abrogation de la Loi s'inscrit aujourd'hui dans la foulée d'une série d'autres mesures qui ont toutes un même objectif: donner au gouvernement l'espace voulu pour manoeuvrer à sa guise. Et ces mesures, elles ont été nombreuses depuis son entrée en fonction.

Il y a d'abord eu la fermeture de toutes les associations d'établissements, dont l'Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), jugées trop gênantes. Puis la réforme du financement des groupes communautaires qui vise à asphyxier certaines organisations parmi les plus critiques envers le gouvernement tels que l'Alliance des patients pour la santé et le Conseil pour la protection des malades. Plus encore, l'entrée en vigueur de nouvelles normes force désormais les firmes et les organisations oeuvrant en santé à s'inscrire au Registre des lobbyistes et à rendre compte de toutes leurs actions... au gouvernement.

Il y a également eu, entre autres, la réduction des budgets alloués à l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Conséquence directe: le gouvernement a acquis un certain contrôle sur les activités de cet institut, autrefois plus indépendant.

Mesure après mesure, le gouvernement de Philippe Couillard s'affranchit de tous les obstacles d'imputabilité et de tous les regards qui pourraient questionner la pertinence de ses décisions. Dans peu de temps, c'en sera donc aussi fini du dernier chien de garde en santé. Quelle sera sa prochaine cible?

En 2004, l'Association médicale du Québec recommandait que le Commissaire à la santé et au bien-être fasse rapport à l'Assemblée nationale, ce qui aurait favorisé son indépendance. Aujourd'hui, au-delà du rejet de cette recommandation, il est préoccupant de constater que de 2003 à 2016, Philippe Couillard est passé de l'idée d'une nécessaire indépendance politique du Commissaire et d'une dépolitisation du réseau de la santé, à son contraire le plus total. Et derrière ce choix politique, il n'y a qu'un gagnant, plusieurs inquiets et huit millions de perdants.

Dre Yun Jen, MD, FRCPC, présidente de l'Association médicale du Québec

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