Sauver l'Usine Vaudreuil en innovant

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Le Quotidien

En 2016, il faut plutôt parler de développement durable et pas seulement de la sauvegarde des emplois. Rappelons que le développement durable tient compte de l'aspect économique des projets, mais aussi de leur acceptabilité sociale et de la protection de l'environnement.

Depuis 1936, l'Usine Vaudreuil produit annuellement un million de tonnes de résidus de bauxite qu'elle a d'abord entreposés dans le lac de boues rouges de Laterrière, fermé en 1989 et laissé à l'abandon depuis. Puis ce fut le tour du second site d'entreposage dans le Complexe Jonquière qui sera rempli à pleine capacité en 2022. Rio Tinto (RT) nous promet de réhabiliter ce dernier d'ici 2030 en le recouvrant de gazon, mais rien malheureusement pour le lac de boues rouges de Laterrière.

D'ici 2022, ces deux sites d'une superficie totale de 3,8 km carrés seront perdus à jamais. En effet, comme les résidus de bauxite contiennent plusieurs métaux lourds possiblement dangereux, dont de l'arsenic, de l'uranium et du thorium, ainsi que du caustique utilisé dans le processus de fabrication de l'alumine, ils sont considérés corrosifs. Leurs poussières fines répandues dans l'atmosphère peuvent aussi provoquer des problèmes respiratoires chez les gens plus fragiles. Et que dire de leur impact possible sur l'environnement, notamment sur les eaux souterraines?

Pour sauvegarder mille emplois associés de près à l'Usine Vaudreuil, RT propose aujourd'hui un troisième site d'entreposage de résidus de bauxite de 1,1 km carré sur son terrain situé à l'est du Complexe Jonquière, en plein coeur du Boisé panoramique, à moins de 500 mètres de 6200 résidences. Ce nouveau site assurerait la survie de l'Usine Vaudreuil jusqu'en 2047 seulement, soit vingt-cinq ans à peine.

RT nous vante aussi sa nouvelle technologie de filtration industrielle qui réduirait la quantité de résidus de bauxite. Cette technologie est loin d'être récente étant déjà utilisée à Gardanne en France depuis au moins dix ans. Et elle est loin d'être parfaite. La population de Gardanne constate en effet la présence d'importantes quantités de poussières fines dans l'air, alors que leurs résidences sont nettement plus éloignées du site d'entreposage. De plus, des études indépendantes ont montré un degré de radioactivité assez inquiétant sur ce site.

Depuis 2000, RT cherche un nouveau site d'entreposage des résidus de bauxite produits à son Usine Vaudreuil afin d'en assurer la survie. Sur les neuf sites étudiés, le seul site jugé rentable à ce jour par RT est le Boisé panoramique qui sert pourtant de ceinture verte autour du Complexe Jonquière en cas de catastrophe industrielle (recommandation du BAPE en 2010 en lien avec la construction de l'Usine AP-60).

Mais jamais, RT n'a véritablement envisagé de valoriser ses résidus de bauxite au lieu de simplement les entreposer. Leur approche ne va pas du tout dans le sens du développement durable.

Pourtant, depuis 1967, des centaines de chercheurs partout dans le monde étudient différentes façons de valoriser les résidus de bauxite, certaines ayant même été testées sur une base industrielle. Voici quelques exemples prometteurs: récupération de métaux par l'industrie métallurgique (fer, chrome, vanadium, terres rares), production de matériaux de construction (ciment, briques, tuiles de plafond, glaçure de céramique), catalyseur dans certains procédés dont l'hydrogénation de composés organiques dans les eaux usées industrielles et bien d'autres encore, notamment dans le domaine de l'agriculture.

Même la Chine, avec ses 49 nouvelles raffineries d'alumine construites depuis 2002, valorise déjà 10% de ses résidus de bauxite (extraction de métaux, fabrication de briques). Vous imaginez un peu la quantité incroyable de résidus de bauxite ainsi valorisés. Cela doit être rentable, non?

J'aimerais que RT analyse plus sérieusement la possibilité de valoriser ses résidus de bauxite produits à l'Usine Vaudreuil, et ce, dans une véritable perspective de développement durable et pas seulement d'un point de vue économique. On pourrait ainsi créer des emplois novateurs chez nous, tout en réglant un problème de taille, soit leur simple entreposage pour l'éternité.

RT pourrait s'associer aux chercheurs qui s'intéressent à cette question depuis une quarantaine ans déjà. RT pourrait également s'inspirer de ce qui se fait en Chine sur une base industrielle. Plus près de chez nous, en Gaspésie, Orbite Technologie vient de déposer un brevet pour la monétisation des boues rouges dans quatre pays, dont le Canada. Mais qu'est-ce qu'on attend alors pour innover?

Diane Brassard

Chicoutimi

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