Un dîner de cons

Gaétan Barrette... (Archives La Presse)

Agrandir

Gaétan Barrette

Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Carrefour du lecteur
Le Quotidien

La population québécoise est une fois de plus invitée à ce qu'on pourrait appeler un dîner de cons par l'ineffable ministre Barrette.

En effet, Le Devoir nous apprenait dernièrement que «Québec s'apprête à transférer une partie des activités des CLSC vers les groupes de médecine familiale (GMF)».

On l'a peut-être oublié avec le temps, mais l'acronyme CLSC signifie «centre local des services communautaires» et cet organisme en est un de toute première importance dans l'organisation des services sociaux et de santé du Québec, tel que défini par le ministère. Il en constitue la porte d'entrée et se doit «d'offrir les services sociaux et de santé courants» à la population qu'il dessert en plus d'offrir des services de prévention, de réadaptation et d'insertion et d'organiser et de déployer ces services dans le milieu de vie, à l'école et au travail.

Avec des ressources déjà limitées pour offrir tous ces services, qui va croire que le transfert de ces ressources n'affectera pas de façon vitale le coeur de la mission des CLSC? Mais la question est de savoir exactement ce qu'est en train de faire le ministre. Est-ce qu'il est en train de déshabiller Paul pour habiller Pierre, c'est-à-dire offrir gracieusement des ressources publiques à ses amis les médecins, ou continue-t-il son oeuvre de privatisation du système de santé? Probablement les deux. Et Le Quotidien nous apprenait également par la bouche du directeur des services multidisciplinaires du CIUSSS Saguenay-Lac-Saint-Jean que celui-ci avait amorcé ce transfert depuis 2010. Est-ce à dire que les ressources professionnelles (surtout des infirmières) présentes actuellement dans les GMF sont issues des CLSC?

Et le ministre dans sa superbe habituelle a justifié ce transfert par l'échec des CLSC à attirer suffisamment de médecins, négligeant le fait que c'est plutôt le refus des ministres de la Santé successifs à revoir le mode rémunération à l'acte qui en est la véritable cause.

En effet, les médecins de CLSC sont des salariés alors que les médecins de GMF sont des travailleurs autonomes qui opèrent une entreprise privée. Ainsi les premiers sont payés à l'heure et sont bien payés tandis que les seconds sont payés au volume et sont très bien payés. On en a eu des exemples concrets dans les journaux lors des dernières négociations avec les médecins.

Ainsi au lieu de revoir ce mode de rémunération et de transférer les médecins dans les CLSC lesquels, selon l'avis même du ministre, ont réussi à développer cette approche multidisciplinaire qu'il veut voir implanter dans les GMF, le ministre pense pouvoir changer la culture marchande des cliniques médicales privées.

Ainsi il y aura deux classes de professionnels dans ces GMF, les médecins et les autres, et les CLSC seront confinés aux quartiers défavorisés avec les ressources qu'on voudra bien leur laisser! Mais peut-être y a-t-il un peu d'espoir et que les cons invités à ce dîner, comme dans le film de Francis Veber, ne seront pas ceux qu'on pense!

Gaétan Lepage

Saguenay

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer