Peu d'aide pour les analphabètes

OPINION/ M. le ministre, (123RF)

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Le Quotidien

OPINION/ M. le ministre,

Depuis le début de l'année, plusieurs journalistes et commentateurs s'alarment, à juste titre, au sujet du pourcentage élevé d'adultes québécois qu'ils qualifient d'analphabètes fonctionnels. Malgré le fait que les chiffres véhiculés font l'objet de multiples interprétations, il demeure que plus d'un million de Québécois âgés entre 16 et 65 ans sont peu alphabétisés.

Ils s'entendent tous cependant sur un point : les conséquences d'un tel phénomène chez une part importante de la population sont dramatiques pour les personnes concernées et pour notre société.

Mais le véritable scandale ne réside pas tant dans toutes ces statistiques que dans l'inertie gouvernementale en matière de lutte à l'analphabétisme. À ce titre, vos récents propos tenus en marge d'un point de presse le 12 janvier dernier1 n'ont rien fait pour nous rassurer.

En effet, vous indiquiez alors avoir « lancé [...] un appel pour clarifier, essayer d'évaluer davantage ce qu'on fait de bien dans le domaine, parce qu'on finance beaucoup d'organismes, et comment on pourrait améliorer des choses. » Pour améliorer des choses, comme vous dites, et lutter efficacement contre l'analphabétisme, il faut s'appuyer sur une vision globale du problème, de ses causes et de ses conséquences. Malheureusement, cette vision fait grandement défaut au sein de votre gouvernement. L'absence d'une stratégie nationale comportant des mesures structurantes nuit considérablement à tout progrès dans le domaine. D'autant plus que les sommes investies à l'heure actuelle pour contrer l'analphabétisme sont dérisoires en regard de l'ampleur du problème et du défi qu'il pose à l'ensemble de la société.

Vous laissez aussi planer un doute concernant la reconnaissance et le financement futurs du seul réseau dont la mission première est l'alphabétisation des adultes au Québec. Vous dites vouloir « évaluer les sommes qui sont à [votre] disposition (et voir) où il faut les placer pour faire la différence ». Vous voulez faire une différence, monsieur le ministre? Commencez par financer adéquatement les 128 organismes d'alphabétisation dont le rôle essentiel a été reconnu à l'unanimité par les élus de l'Assemblée nationale pas plus tard que le 15 septembre dernier. Rappelons qu'au cours des treize dernières années, ce réseau s'est appauvri puisqu'il n'a même pas bénéficié d'une indexation équivalant à l'augmentation du coût de la vie. Et pourtant, il fait état actuellement d'un manque à gagner de plus de 9,2 millions de dollars par année uniquement pour répondre aux besoins exprimés dans les communautés.

Nous vous invitons donc, monsieur le ministre, à clarifier rapidement vos réelles intentions quant à l'avenir de notre réseau, lequel peine déjà à réaliser pleinement sa mission. Nous vous réitérons également notre invitation à venir à la rencontre de ses travailleurs et bénévoles ainsi que des adultes en démarche d'alphabétisation, qui font quotidiennement de petits miracles avec le peu de ressources à leur disposition. Nous sommes certains qu'ils vous convaincront que le peu d'argent qui y est investi présentement est judicieusement utilisé... Mais ô combien insuffisant!

Roxane Minier, coordonnatrice

Centre Alpha de La Baie et du Bas-Saguenay

Le milieu familial

Les compressions libérales dans le réseau québécois de la petite enfance font couler beaucoup d'encre. Mais si le sort des CPE attire avec raison l'attention médiatique, on parle beaucoup moins d'une autre composante essentielle du réseau, les responsables de services de garde en milieu familial régis et subventionnés par l'État québécois.

Pourtant, ces milliers de responsables, presque exclusivement des femmes, sont les premières à subir les contrecoups des décisions néfastes des libéraux en petite enfance.

OEuvrant dans le système public, les responsables d'un service de garde en milieu familial (RSG) travaillent au quotidien au développement de plusieurs dizaines de milliers d'enfants de 0 à 5 ans. Ces RSG appartiennent à un large réseau encadré et supervisé par le gouvernement, et dont le tarif pour les parents est le même qu'en CPE.

La qualité de ces services de garde est garantie en raison d'exigences strictes, notamment en matière de qualité des services, de sécurité des enfants, de salubrité et de normes éducatives et alimentaires. De plus, puisque ces services sont dispensés dans des résidences privées, ils sont peu coûteux pour l'État québécois.

On ne peut pas en dire autant du réseau privé de services de garde, qui se développe à l'abri des normes de qualité et de sécurité auxquelles s'attendent les parents québécois. Ce réseau est alimenté par des crédits d'impôt sur lesquels il y a peu de contrôle, souvent versés de façon anticipée. À ces crédits s'ajoute la modulation récente des frais de garde imposée au réseau public.

Résultat : le réseau de garde privé semble plus attrayant pour de nombreux Québécois. Des milliers d'enfants quittent donc le public pour des garderies privées à la qualité beaucoup plus incertaine, et les RSG ont de plus en plus de difficulté à combler leurs places.

Pour la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ), il est important d'alerter l'ensemble de la population sur ce recul majeur. Notre société s'était pourtant dotée d'un projet ambitieux pour assurer, entre autres, l'égalité des chances de nos enfants et des services de garde éducatifs de qualité et sécuritaires. Le glissement actuel vers le privé constitue une perte certaine pour la société québécoise, qui voit des milliers d'enfants se développer sans aucune garantie d'encadrement de qualité.

Le gouvernement doit freiner le développement du secteur privé par des mesures telles que l'imposition d'un moratoire sur l'émission de permis aux garderies privées, le retour à la contribution réduite universelle et le réinvestissement des sommes dévolues aux crédits d'impôt dans le réseau public. De telles mesures permettraient au réseau public de souffler, et les milliers de RSG pourraient combler les places qu'elles sont en train de perdre, garantissant une meilleure qualité des services donnés à ces enfants.

Tandis que le réseau de la petite enfance s'annonce comme un des sujets chauds pour l'hiver et le printemps 2016, il est essentiel que le milieu familial public soit au coeur de nos discussions en tant que société, tout comme il est au coeur de notre réseau de la petite enfance.

Valérie Grenon, FIPEQ-CSQ

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