La laine des moutons

Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier... (Archives Le Quotidien)

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Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier

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OPINION / Messieurs Philippe Couillard et Alexandre Cloutier,

Suite à l'annonce faite par le gouvernement du Québec de hausser le tarif de location de la parcelle de territoire public que j'occupe avec ma famille à titre d'amateur de plein air, de chasse, de pêche et de cueillette, hausse précédée par celle du prix exigé pour mes permis de chasse, le tout baignant dans le contexte menaçant de la création d'un inutile registre provincial visant à enregistrer les armes à feu longues, permettez-moi de vous livrer, avec tout le respect mérité par vos hautes fonctions, les commentaires suivants :

Il est maintenant évident que le droit d'occuper nos terres, de les parcourir pour la chasse, la pêche ou la cueillette, avec des outils (des armes et des agrès divers) appropriés, tendra rapidement à devenir ce qu'il était à l'époque de la féodalité, de l'arbitraire et de la tyrannie : c'est-à-dire, pratiquement inexistant pour les gens de conditions modestes, exclus du cercle ou du club restreint et sélect de ceux qui détiennent le pouvoir et l'argent et qui ont un accès illimité, à l'échelle nationale, de par leur position et leurs privilèges, à tous les réseaux de communication.

S'agissant de territoire, vous n'êtes pas sans savoir qu'il appartient toujours à ceux qui l'ont occupé pendant des millénaires, qui l'ont ensuite partagé avec un sens de l'hospitalité sans pareil avec les nouveaux arrivants. À ce chapitre, après plus de quatre cents ans de coexistence, souvent brutale, engendrant nombre d'injustices flagrantes, il en est résulté une société originale issue d'un métissage culturel et biologique, forgé par la nature même du pays que nous habitons. Ainsi, nous pouvons aujourd'hui réclamer haut et fort notre part d'autochtonie. Nés de la vie libre des grands espaces, nous voulons en conserver la partie qu'il nous revient.

De ce territoire dont les Couronnes françaises et britanniques se sont arrogé la gestion, la plus grande part a été soumise à l'avidité des compagnies pelletières, forestières, minières et hydrauliques. De ce mode de gestion éhonté, les conséquences ont souvent été tragiques pour les premiers occupants : dépossession, déforestation, pollution et pillage généralisé. Rappelons qu'en tant qu'autochtones, nous chassions, pêchions et parcourions ce territoire depuis des millénaires et depuis des centaines d'années pour les miens parents de France, d'Écosse ou d'ailleurs.

Sachez messieurs Couillard et Cloutier que l'occupation de notre territoire et le plaisir d'y tirer notre vie constituent des droits sacrés qui devraient être reconnus par l'ensemble des pays civilisés. À ce propos, ami Philippe, tu as récemment déclaré que l'adoption, par le Québec, d'une loi créant ce fameux registre des armes longues ferait entrer notre province dans le rang des nations dites civilisées. Heureux homme, qui après avoir tant voyagé et étudié, peut savoir qui est civilisé ou pas. Bien sûr, cela serait te faire injure que de penser que tu ignores le sens de ce mot.

Pourtant tes propos font insulte à mon père qui m'a enseigné le civisme, le respect d'autrui et la prudence en manipulant nos armes à feu lors de nos parties de chasse ou de nos séances de tir à la cible. Tu fais insulte à mon grand-père qui chassait pour sa subsistance dans ce qui allait devenir la Réserve faunique des Laurentides (désormais réservée aux fortunés que tu connais si bien). Tu fais insulte à mon collège où j'ai suivi mon entraînement militaire sous l'égide du corps de cadet de l'armée canadienne, entraînement supervisé par des religieux dont le responsable était major dans les Forces de Sa Majesté. De même, tu fais insulte à mon autre grand-père, capitaine de milice. Tu fais insulte à mes deux cousins morts pendant la première et la Deuxième Guerre (Dulce et decorum est pro patria mori). Ce bon vieil Horace quand même!

Et encore, tu fais insulte à ma communauté, à tous mes amis parce qu'utiliser une arme à feu pour se nourrir, pour défendre son coin de pays (relisez donc Marie-Victorin et Geneviève Guèvremont) n'est pas un privilège comme l'a stupidement énoncé un ancien député dont je tairai le nom. Non, ce n'est pas un privilège, c'est un droit. Que ce droit soit encadré par certaines mesures à caractère éducatives et légales soit. Que les fonds disponibles servent à prévenir les maladies mentales, bravo! Mais ce droit ne doit pas être l'apanage des forces de l'ordre, chiens de garde nécessaire de nos institutions, mais qui ne doivent surtout pas dicter leurs ambitions de contrôle à l'exécutif. Dans un état égalitaire progressiste et moderne, la parole est à l'ensemble des citoyens, non exclusivement à l'élite quelle qu'elle soit.

Et toujours dans cette veine, ami Alexandre, toi dont les velléités de devenir le premier parmi nos élus auraient dû te donner l'occasion de réfléchir sur le rôle essentiel d'un représentant du peuple, savoir celui de siéger au Parlement pour en discuter les éventuelles orientations avant d'en faire des lois ou pire des décrets. Sache, et je ne doute pas que tu le sais, qu'adopter une loi sans en faire un examen sérieux relève de l'autocratie, de l'arbitraire, du despotisme. Alors, seras-tu cet homme dont on est en mesure d'attendre intelligence, équité et respect de ses commettants? Tu connais les rouages du grand cirque prétendument démocratique. Fais-les fonctionner. Sois cet homme raisonnable que tu promettais d'être. S'agissant du coûteux et inutile registre, réclame pour le moins une commission parlementaire. Nous représenter et parlementer, c'est pour cela que tu es rétribué.

Décider sans consultation préalable, taxer sans raison valable, nous ramène à grands pas vers cette société autocratique, à l'époque où les pasteurs assistés de leurs chiens tondaient leurs brebis.

Philippe et Alexandre, souvenez-vous d'où vous venez! C'est le premier devoir d'un Québécois.

Georges Fortin, PH.D.

Métabetchouan-Lac-À-La-Croix

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