La fausse bonne idée de Sylvain Gaudreault

Sylvain Gaudreault.... (Archives Le Quotidien)

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Juste avant les Fêtes, à ma grande surprise, le député de Jonquière, M. Sylvain Gaudreault, a ressorti des boules à mites une idée révolue: celle de transformer une grande part du ministère des Transports du Québec (MTQ) en une agence.

Cette idée est candidement portée par l'illusion que les fonds publics en transport seraient mieux gérés par une administration prétendument dépolitisée, avec à sa tête un CA dont les membres proviendraient en partie de l'industrie de la construction. Les scandales financiers à Tourisme Montréal ou autour des projets du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) ont pourtant montré où peuvent mener la faiblesse et le manque de rigueur des conseils d'administration dans la gestion des fonds publics.

L'idée d'une agence des transports au Québec ne provient pas de M. Gaudreault, mais bien de l'industrie de la construction. C'est l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, puissant lobby représentant quelque 2500 entreprises du génie civil et de la voirie, qui avait initié en 2005 une coalition réclamant la création d'une société d'État chargée de gérer la conservation et l'amélioration du réseau routier. En 2007, le gouvernement Charest avait déposé un projet de loi pour créer une telle agence, mais une élection nous avait prévenus de son adoption, comme cela s'est produit en 2014 avec le projet de loi de M. Gaudreault.

Ce modèle d'agence gouvernementale, dont les origines remontent au gouvernement néolibéral de Margaret Thatcher, a maintes fois révélé ses lacunes: scandale de nominations partisanes à l'agence des transports de la Nouvelle-Zélande; scandale de détournement de données personnelles à des fins criminelles et scandale financier autour d'un mégaprojet autoroutier en PPP à l'agence des transports d'Australie; scandale de suivi défaillant des travaux sous la responsabilité de l'Agence des transports de l'Angleterre; fiasco technique et financier du plus grand chantier de l'agence des transports de Suède, etc. Faute de reddition de comptes adéquate, l'Union européenne a même décrété un moratoire sur la création d'agences européennes...

Chez nous, Transport Québec a un problème chronique de prolifération de la sous-traitance, avec quelque 6000 contrats par année pour une valeur de 3 milliards$. Autant de contrats donnés en sous-main, c'est autant de risques de pratiques malsaines autour de ces contrats. Pour contrer cette dépendance à la sous-traitance, ce n'est pas d'une nouvelle structure administrative dont le Québec a besoin. Il faut des ministres des Transports qui prennent leurs responsabilités et qui rendent des comptes pour renforcer l'expertise au MTQ et pour rapatrier des activités récurrentes en régie interne.

Le député Gaudreault se targue d'avoir réduit les dépassements de coûts de 240 M$ lorsqu'il était à la tête du MTQ. En les talonnant sans cesse pour rendre des comptes, faisons en sorte que tous les ministres des Transports du Québec qui viendront prendront leurs responsabilités au sérieux pour améliorer la gestion des fonds publics. Aucun ministre ne devrait baisser les bras devant ce défi, céder ses responsabilités à un CA, croiser les doigts pour espérer que les fonds publics ne soient pas dilapidés et s'en laver les mains si une agence des transports s'acquitte mal de son mandat.

Brigitte Claveau, présidente régionale SFPQ, Saguenay

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