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Le Quotidien

À moins de vivre, un jour, dans une société équitable, l'énorme «bargaining power» que possède le corps médical face à l'État est là pour durer.

À preuve, pour résoudre leur dernier conflit avec le gouvernement sur leurs honoraires derrière des portes closes, les médecins n'ont eu besoin que de promettre au ministre de la Santé (un ex de leur camp d'ailleurs), leur ferme propos de faire le nécessaire pour mériter leur paye. Entre autres: prendre davantage de patients pour éviter le couperet de la loi 20 visant un meilleur accès aux services médicaux. Cependant, pour ce qui est de la résolution des négociations du secteur public entre l'État et ses employés, ce serait toujours l'impasse si la population ne s'en était pas mêlée pour appuyer sans réserve les salariés qui lui fournissent quotidiennement des services de moins en moins gratuits en santé et en éducation.

Mais comment se fait-il que cette même population ne puisse qu'assister impuissante aux négociations entre gouvernants et médecins sur leur rémunération? L'organisme: «Jeunes médecins pour la santé publique» a tenté de répondre à la question. L'autre jour, dans les journaux (Le Quotidien de Saguenay et Le Devoir), une des leurs, a défendu l'idée qu'un troisième joueur, l'opinion publique, s'invite, par l'entremise d'un lobby, au banc des négociations entre le gouvernement et le corps médical, pour «exiger la convergence des influences qui bâtissent notre système de santé». User de son influence par lobbyiste interposé face aux lobbies que sont le gouvernement et les syndicats de médecins. Généralement, le gouvernement écoute les lobbies et décide. Non?

La population place les médecins au sommet de son palmarès d'appréciation, bien qu'elle les considère comme les enfants gâtés du système. En quelque sorte, prise en otage, elle se fait rançonner par des frais accessoires exorbitants, coure aux petites heures du matin dans l'espoir d'entrer dans la clinique médicale sans rendez-vous la plus proche, endure le soi-disant manque d'effectifs médicaux pour répondre au nombre grandissant de patients orphelins et se voit contrainte à se rabattre sur les urgences des hôpitaux, là où l'on ne connaît que l'heure où l'on y entre. Qu'est-ce que pourrait faire dans cette galère la population représentée par un lobby, qui, au reste, depuis fort longtemps et de multiples façons, fait pression sans qu'on l'entende?

En tout état de cause, le gouvernement et les médecins savent trop bien ce qu'attend une population vieillissante d'un système de santé satisfaisant. Elle le répète jusqu'à plus soif depuis des décennies qu'elle paie le prix fort en impôts de toutes sortes pour recevoir des soins gratuits de qualité. Mais elle est très peu écoutée, confinée qu'elle est au rang de spectatrice devant deux «lobbies» qui s'entendent comme larrons en foire. Ce que veut la population est d'en avoir pour son argent, parce qu'elle investit énormément dans le corps médical, non seulement en payant pour former ses disciples, mais également pour leurs salaires: 6,5 milliards de dollars annuellement, haussés de 85% en dix ans. De quoi faire grincer des dents les salariés de l'État, dont les dirigeants ont tout juste réussi à négocier, cet automne, des salaires pour protéger leurs membres de l'appauvrissement.

Pendant ce temps, au nom de l'austérité, le gouvernement clame qu'il faut dégraisser les centres de la petite enfance; qu'il y a encore du gras à couper dans les commissions scolaires; que l'on doit couper dans le logement social, les prestations aux bénéficiaires de l'aide sociale, etc. Certains prétendent qu'injecter plus d'argent dans le système de santé ne changerait rien. Volontiers, mais si les quelques 32 milliards qu'il nous coûte annuellement étaient mieux distribués. Ça pourrait permettre de traiter ce que «Jeunes médecins pour la santé publique» qualifie de symptôme soit, la rémunération des médecins (dont 800 millions$ versés en trop aux spécialistes), en attendant de diagnostiquer cette prétendue grave pathologie dont souffrirait notre système de santé.

Marcel Lapointe, Jonquière

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