Il existe encore des bâtisseurs

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Le Quotidien

OPINION / Monsieur Marc St-Hilaire,

Recevez mes félicitations pour votre éditorial du 29 décembre intitulé «Audace et fierté». Vos voeux pour 2016 sont tout à fait pertinents, soit l'affranchissement régional de sa dépendance économique à l'égard du bois, de l'aluminium et surtout d'un éventuel messie tant attendu. Vos éléments de diagnostic m'apparaissent justes. Les écueils soulevés semblent réels. Intéressantes sont vos suggestions.

J'aimerais ajouter que la région possède encore beaucoup de ressorts. D'abord bien sûr dans ses bassins de ressources naturelles qui représentent toujours d'importantes sources de création de richesses. Ensuite avec ses ressources construites, notamment ses barrages, ports, usines, places d'affaires, routes, chemins de fer, collèges et écoles, aéroports, etc. Ces équipements et infrastructures représentent des atouts imposants dans la concurrence mondiale actuelle. Aussi et non le moindre, les ressorts régionaux s'inscrivent dans les ressources humaines. À cet effet, votre éditorial évoque les bâtisseurs d'une certaine époque. Il en existe encore beaucoup aujourd'hui. Il faut les débusquer et les mobiliser. Leur force réelle ne réside plus dans les haches et les godendards, mais bien dans les talents, la créativité et la capacité d'innover.

Avec moins de 4% de la population du Québec, le Saguenay-Lac-Saint-Jean recèle un potentiel de créativité remarquable. Il est d'ailleurs bien remarqué avec sa classe artistique qui a généré plus de 10% des artistes actuellement à l'oeuvre sur la scène culturelle montréalaise. Cette créativité régionale semble inscrite dans les gènes du «Royaume». Elle a marqué l'imaginaire collectif bien sûr avec les 21 pionniers de 1838, mais aussi avec le décollage industriel des «Américains du Saguenay» au début du XXe siècle. Plusieurs autres chantiers grandioses ont ensuite suivi, comme le harnachement du Lac-Saint-Jean, la Chaine coopérative devenue Nutrinor, la construction rapide d'Arvida, le Jardin zoologique de Saint-Félicien. Sans pareille au Québec fut jadis la prospérité du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Vous avez raison, M. St-Hilaire, de faire appel à l'audace des bâtisseurs actuels, émergents et latents. Déjà très présent, le leadership individuel peut être multiplié par effets d'entrainement d'un nouveau leadership collectif orienté vers la création d'opportunités. La question du comment se pose clairement. La réponse réside dans la mise en oeuvre d'un processus collectif pouvant mobiliser et valoriser la créativité régionale légendaire par l'entremise d'un vaste chantier commun.

Marc-Urbain Proulx

UQAC

Investissements, vous dites?

Dans l'édition du Quotidien du 22 décembre dernier, le député de Roberval prédit une bonne année 2016 pour l'industrie forestière. Il fait référence à cinq projets d'investissements privés dans la région. Il ne fait cependant pas mention du «désinvestissement» de son gouvernement dans la recherche forestière. Ce gouvernement a aboli le volet V du Programme de recherche en partenariat sur l'aménagement et l'environnement forestiers, ainsi que le Programme d'appui à la recherche forestière. Ces mesures ont été précédées d'une coupe de 10 millions$ du fonds Nature et Technologie (FQRNT).

Le Consortium de recherche sur la forêt boréale commerciale de l'UQAC a vu son budget de recherche passer de 2 millions$ à 600 000$ au cours des dernières années. Le Consortium cessera ses activités après 22 ans d'existence. Ces coupes ont un impact sur les professionnels de la recherche, les techniciennes et le travailleur sylvicole qui travaillent pour le groupe de recherche en foresterie de l'UQAC puisque leur salaire dépend uniquement de ces subventions; l'UQAC ne nous verse pas de salaire. De plus, les étudiants au deuxième cycle seront refusés à l'UQAC faute de financement et d'encadrement. J'ai travaillé en tant que professionnel de la recherche à l'UQAC sur le projet de miniplants forestiers pour le reboisement. Ce projet a été réalisé entièrement dans la région grâce à la collaboration du bureau régional du MFFP, de l'UQAC et des pépiniéristes de la région. Devant le succès de ce projet, d'autres régions du Québec ont commencé à produire ce type de plants.

D'après M. Daniel Lord, professeur retraité et anciennement directeur du défunt Consortium de recherche sur la forêt boréale, «le développement de miniplants d'épinette noire (...) permet d'économiser 1 M$ par an dans la région». La réalisation d'un tel projet de recherche n'est plus possible aujourd'hui à cause des mesures d'austérité du gouvernent actuel dans le domaine de la recherche. Les coupes ne touchent pas seulement l'UQAC. Le bureau du forestier en chef a subi des coupes de 15% et une baisse d'effectifs, dont la moitié en région. Des postes de scientifiques qui travaillent sur la faune au MFFP ont été supprimés. Les pays scandinaves ont une industrie forestière en meilleure santé que la nôtre parce qu'ils investissent massivement dans l'éducation et la recherche.

Au Québec, on «désinvestit» non seulement dans la recherche, mais notre ministre de l'éducation soutient «qu'un réinvestissement immédiat en éducation serait maladroit». Le défi qui attend le Québec dans les prochaines années est de faire face à la concurrence de ses partenaires commerciaux dans un marché mondial de libre-échange. Si l'on ne fait pas de R et D et que l'on n'investit pas dans l'éducation, à tous les niveaux, nous serons déclassés par les pays «transpacifiques» et relégués à une économie de pays sous-développé.

Denis Walsh

Anciennement professionnel de la recherche à l'UQAC

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