Agriculture: des risques impossibles à maîtriser

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OPINION / L'agriculture se transforme. Les marchés se segmentent. Sur les marchés de masse, le prix fait loi et les avancées technologiques ainsi que les économies d'échelle font désormais toute la différence. Sur les marchés de niche, on mise de plus en plus sur la distinction et l'exclusivité. Là aussi, les techniques de production se raffinent: produits bio, appellations contrôlées, transformation à la ferme, etc.

Les entreprises agricoles se spécialisent. Cette évolution met à mal l'avenir de la ferme familiale. De plus en plus d'agriculteurs pratiquent leur métier à temps partiel, ils occupent un emploi à l'extérieur pour compléter le revenu familial, voire pour soutenir le fonctionnement de la ferme. Des 8000 producteurs agricoles québécois de moins de 40 ans, seulement 58% travaillent à temps plein sur la ferme et la situation est encore pire ailleurs au Canada.

Depuis 2010, le gouvernement favorise de plus en plus l'autogestion des risques en agriculture. Cette forme de «privatisation du risque» s'installe tranquillement, évacuant du même souffle le partage équitable des risques entre l'État et les agriculteurs, qui avait guidé les politiques agricoles des années précédentes. En agriculture, les risques ne seront jamais maîtrisés: événements climatiques, maladie des troupeaux, ennemis des cultures, et surtout, volatilité accrue des prix des marchés de plus en plus mondialisés.

Après avoir réduit les aides accordées aux agriculteurs à travers le programme collectif d'assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA), ce qui a entraîné la perte de milliers de fermes familiales dans le secteur des viandes, le gouvernement pousse maintenant les producteurs de céréales, de pommes de terre et de pommes à abandonner ce programme pour les diriger vers l'autogestion des risques (programmes Agri-Stabilité, Agri-Québec et Agri-Investissement). L'expérience des dernières années démontre pourtant que ces programmes sont inefficaces lorsque les prix du marché sont en deçà des coûts de production sur une période de trois ans et plus, ce qui n'est pas rare en agriculture.

Ainsi, plutôt que d'adapter le filet de sécurité aux réalités du marché, on le diminue. Inévitablement, cela favorise la concentration et la contractualisation, et ce sont les entreprises familiales qui écopent.

On le sent bien, le gouvernement s'apprête à réduire de façon importante l'appui à son secteur agricole. Après des coupes au budget de la Financière agricole (FADQ) de 113 M$ en 2014 et de 151 M$ en 2015, tout converge vers cela. Plutôt que d'investir dans l'amélioration des programmes de gestion des risques comme le recommandaient à l'unanimité les membres d'un groupe de travail sur la sécurité du revenu en agriculture mis en place par le gouvernement, le ministre de l'Agriculture a choisi de créer une réserve de 300 millions de dollars avec les excédents de la FADQ.

Cette absence de vision a été compensée en 2015 par la faiblesse du dollar canadien et des récoltes record. C'est ce qui explique une relative bonne performance du secteur agricole. Cependant, si on veut maintenir des fermes familiales dans toutes nos régions et assurer leur transférabilité à la relève, il faudra rapidement revoir cette stratégie de courte vue et travailler au maintien d'un filet de sécurité adapté aux fermes familiales et aux caractéristiques des marchés: aléas climatiques et sanitaires, volatilité des prix.

Marcel Groleau, président général de l'UPA

Longueuil

Achat local contre baisse d'impôts

En majorité, la clientèle qui lit le journal Le Quotidien est composée de gens de la classe moyenne. Cela a pour résultat que les articles «D'une fille à l'autre» parus dans ce journal cette semaine et la semaine dernière, sur la pertinence d'acheter localement, n'auront aucun impact auprès des plus démunis.

Au reste, même s'ils les avaient lus, comment pourraient-ils encourager les producteurs locaux de nourriture et autres biens, alors qu'ils sont à peine capables de se payer l'épicerie bas de gamme à 23$ suggérée par la journaliste Patricia Rainville? Ils le seront encore moins avec la hausse prochaine annoncée des prix des aliments; à moins de se serrer davantage la ceinture sur autre chose, comme le chauffage cet hiver.

Quant au montant des emplettes de la journaliste Laura Lévesque, 44,22$, ce ne sont que les «gros» de la classe moyenne, peu nombreux, qui peuvent se permettre une telle dépense à chaque épicerie. Pour les moyens et les petits, qui sont rançonnés de tous bords tous côtés, acheter localement, comme l'a fait madame Lévesque, c'est un peu comme déshabiller Pierre pour habiller Paul, non? Malgré cela, si le gouvernement du Québec imite, un jour, les libéraux d'Ottawa et réduit aussi les impôts de la classe moyenne, je m'engage à consacrer une partie de l'économie réalisée à l'achat local.

Blandine Lapointe-Brassard

Jonquière

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