Un nom qui divise toujours

En cet automne 2015, un fort vent de changement politique a soufflé sur la... (Archives Le Quotidien)

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En cet automne 2015, un fort vent de changement politique a soufflé sur la région du Saguenay. Au fédéral, la venue d'un libéral apparemment capable de tirer les bonnes ficelles devrait nous garantir une présence vigilante.

Au provincial, la démission du député Bédard marque en quelque sorte la fin d'une dynastie. Mais la nouvelle la plus étonnante aura été celle de la décision de Jean Tremblay de quitter le pouvoir à la fin du présent mandat. Certains citoyens ont déjà essuyé une larme. D'autres, sans doute aussi nombreux, ont poussé un profond soupir de soulagement.

De mémoire de citoyen, jamais un maire n'a, à mon point de vue, autant polarisé l'opinion que Jean Tremblay. «Écoute, y'a tout fait. Y'a été parfait» ... tels ont été certains commentaires recueillis par le maire lui-même et rapportés dans ce journal. Il s'est toutefois gardé de rapporter les commentaires moins flatteurs. Le maire veut, et ce sont ses propres mots, «laisser l'image d'un maire qui a réussi». Son plus grand titre de gloire, c'est d'avoir, prétend-il, créé l'unité. Mais a-t-il vraiment uni nos populations? D'accord, il a fusionné des administrations, mais a-t-il terrassé ce monstre à sept têtes qu'on appelle l'esprit de clocher qui nous a si longtemps caractérisés? À ce propos, j'ai pris connaissance des résultats d'une enquête menée en juin dernier par un regroupement de citoyens de cette ville.

Trente personnalités d'ici, on pourrait dire 30 «sages», provenant indifféremment de Jonquière, Chicoutimi, ou La Baie, principalement des historiens et d'anciens politiciens, chefs syndicaux ou journalistes se sont prononcés sur ces trois aspects de la vie en société que sont l'unité, l'identité et l'appartenance. La question était ainsi formulée: «Dans quelle mesure diriez-vous que le toponyme Saguenay choisi en 2002 a contribué à unir nos populations, à renforcer le sens identitaire ainsi que le sentiment d'appartenance?»

Pour ce qui est de l'unité ou du rassemblement, 27 sur 30 ont jugé que ce nom a plutôt été un facteur de division. Sur le sens identitaire, 25 ont jugé que notre population ne se reconnaît aucunement dans ce toponyme. Les cinq autres ont au mieux fourni une réponse mitigée. Quant au sentiment d'appartenance, 28 jugeaient que le choix de ce toponyme a au contraire grandement dilué ce sentiment. Très majoritairement donc, ces sages ont bien plus évoqué la division que l'unité. Définitivement, nous sommes loin de la réussite évoquée par le maire et de la vision idyllique que faisaient miroiter en 2002 les tenants de l'option Saguenay qui nous promettaient «un nom qui nous rassemble et qui nous ressemble».

C'est plutôt d'échec qu'il faut parler. Pour ce qui est du nom, le maire devrait en toute humilité reconnaître l'erreur et avoir assez de sagesse pour revenir sur les recommandations que faisait en 2002 le «comité de sages» créé pour le conseiller, recommandations qu'il avait, comme à son habitude, balayées du revers de la main.

Guy Laberge

Chicoutimi

Le Québec, terre d'accueil

«Plus l'ignorance est crasse, plus les préjugés sont tenaces». Rien n'est plus vrai quand on écoute les interventions de certains animateurs et intervenants dans les radios poubelles et autres médias de la même espèce, au sujet de l'accueil des réfugiés syriens. Ou les propos maladroits et inutilement lénifiants du maire, qui laisse entendre que Saguenay est ouverte aux réfugiés, même si ses citoyens sont, au fond, racistes, mais quand même de bons catholiques.

Altérité religieuse, méfiance envers l'autre, xénophobie, racisme, crainte du terrorisme, peur pour nos jobs: une litanie de prétextes pour justifier son refus d'accueillir des immigrants quand on s'abstient de réfléchir. Les ci-haut nommés, qui se disent contre le repli sur soi du peuple québécois, sont, pour la plupart, en faveur du fédéralisme multiculturel. Les mêmes qui prêchent pour le développement durable tout en pratiquant l'obsolescence programmée. Leur déni des avantages de l'immigration les empêchent de voir que le Canada existe tel qu'il est parce que depuis ses origines, il est une terre d'accueil de l'autre: Japonais, Chinois, Juifs, Italiens, Kosovars, Haïtiens, Vietnamiens, Arabes, et combien d'autres qui ont enrichi le pays.

En 1913, avant que la Première Guerre mondiale n'éclate, 400 000 immigrants furent accueillis ici: des Juifs pour la plupart, fuyant les persécutions dans les pays de l'Est. En 1913, sur les 100 000 réfugiés juifs accueillis par le Canada, 25 000 ont immigré au Québec. De nos jours, notamment après le 11 septembre 2001 et avant le début des exactions extrêmes de Daech, le Canada accueille jusqu'à 25 0000 immigrants par année. Des 5000 réfugiés kosovars reçus en 1999, des musulmans pour la plupart, 1200 furent accueillis au Québec en urgence. Entre 1865 et 1929, tout près d'un million de Canadiens français, pour des raisons économiques, ont immigré aux États-Unis. Selon les historiens, il n'en reste que 50 000 aujourd'hui capables de comprendre le français. Les autres se sont intégrés. Pourquoi en serait-il autrement des 25 000 Syriens que le Canada va accueillir? Pour ce qui est d'une intégration en français chez ceux qui viendront au Québec, c'est moins sûr à cause des trous dans la loi 101, mais ceux qui seront admis ailleurs qu'à Montréal n'auront pas le choix.

En dépit de toute cette immigration, mis à part quelques malheureux événements isolés provenant, le plus souvent, de loups solitaires, le Canada est demeuré un modèle d'inclusion ethnique à travers le monde. Et il faut le dire, les crises majeures d'identité ont relevé davantage de conflits ethniques entre nous, peuples de souche. La crise d'Oka en est un exemple patent.

Marcel Lapointe

Jonquière

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