Le niqab et sa crise

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Marthe Asselin Vaillancourt (C.M., C.Q.)

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Le Quotidien

Enfin, une membre du Parlement québécois a dénoncé la situation que nous subissons, ces dernières semaines. Bravo et merci, Françoise David, pour ton intervention.

Malgré l'intercession de plusieurs personnalités, sur la question, Stephen Harper n'a pas bougé et comme par miracle, une femme veut se faire reconnaître comme Canadienne le visage couvert et nous voilà en pleine crise avec un Stephen Harper qui prétend défendre les femmes. On aura tout vu, tout entendu pendant cette si longue campagne. Ce qui est pernicieux, c'est la façon qu'ont utilisé les conservateurs pour instrumentaliser cet incident à des fins politiques. Voilà M. Harper à la défense des femmes, ça c'est nouveau; lui qui coupe les subventions aux groupes de femmes, qui ne bouge pas au sujet d'une enquête demandée par les femmes autochtones sur la disparition de centaines d'entre elles et qui abolit l'égalité salariale dans la fonction publique. Quelle histoire tirée par les cheveux: lui en chevalier servant, Mulcair en méchant!

Dire qu'en tant que société nous avons déjà tant de problèmes qui ne sont même pas abordés lors des débats. Parlons-en aux agriculteurs, aux jeunes sans emploi, aux aînés avec des problèmes de santé et d'hébergement. Notre société en général devrait analyser les conséquences des dernières statistiques: il y a déjà plus d'aînés que d'enfants de zéro à 15 ans! Ce n'est pas une catastrophe, mais juste une réorganisation nécessaire...

Je ne suis pas pour le niqab, je l'ai déjà dit et écrit, je suis contre le fait de réclamer la citoyenneté le visage couvert. Comme Françoise David, je dis «restons calmes, cessons d'invectiver les autres, tous les autres, qu'ils soient musulmans, juifs ou autochtones.» Discutons-en en partant de bases solides comme le rapport Bouchard-Taylor en oubliant au plus vite la «charte des valeurs.» On arrivera à rien avec ces appels à la haine sur les médias sociaux qui mêlent tout, sans discernement.

J'ai beaucoup voyagé, beaucoup lu en plus de partager ma vie avec trois belles-filles émigrantes. Ma petite fille juive vient de se marier avec un juif francophone. Et non, elle ne sera pas séquestrée à la maison, et oui elle poursuivra son cheminement d'avocate. La grande victoire de cette femme voilée, c'est que, malgré elle, elle ressuscite de vieux préjugés comme si toutes les femmes immigrantes partageaient sa foi et son habillement.

J'ai tellement lutté pour les femmes, pour leur permettre le libre choix de leur vie, de leur carrière, de leur avenir, je me refuse à dire aux nouvelles migrantes comment se vêtir, quoi manger etc etc.

Il y a deux choses qui m'irritent particulièrement: le dédain du mot immigrant alors qu'il y a à peine 400 ans, nous étions nous-mêmes immigrants. Nos coutumes ont certainement déplu à ceux qui étaient déjà là. Le deuxième point, c'est cet appel aux valeurs québécoises, alors qu'elles sont si près des valeurs universelles. Il y a un point qui devrait nous rassembler: c'est notre humanité, notre essence d'êtres humains respectueux des uns envers les autres.

On se plaît à nommer les musulmans et les arabes comme s'ils étaient tous conformes au même standard. Pourtant, en Turquie, les femmes ne sont pas toutes voilées. Au Maroc, il y a des groupes de chrétiens, de juifs, de touaregs, d'arabes et berbères bien différents de ceux de l'Arabie Saoudite ou du Yémen. Une hérésie qui circule, c'est que l'accueil des migrants en Europe ouvre la porte aux terroristes. Je doute fort que ceux-ci risquent leur vie dans des embarcations de fortune, de longues marches sujets à la faim, à la soif.

Comme l'écrivait Françine Pelletier, dans Le Devoir: «En attendant que, la Cour suprême s'en mêle, espérons que le niqab n'embrouillera pas les esprits au point de redorer le blason de celui qui après dix ans de règne a piétiné la vie démocratique plus souvent qu'à son tour.»

Marthe Asselin Vaillancourt (C.M., C.Q.)

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