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Le Quotidien

Plutôt un affront!
M. François St-Gelais,
Je fais suite à votre éditorial du 19 septembre dans lequel vous considérez les propos du PDG d'Investissement Québec comme une gifle servie aux Jeannois et Saguenéens. J'estime ce geste davantage comme un affront qui révèle une méconnaissance généralisée d'un phénomène économique dont sont victimes les régions comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Je m'explique. Je fais carrière en ce moment à Québec, mais tout en écoulant mes week-ends au «Lac».

Ma position professionnelle me permet de réaliser à quel point la prospérité actuelle de Québec est liée à la prospérité passée des régions qui l'entourent. Depuis au moins quatre décennies, la région de Québec exerce une polarité incessante sur sa périphérie. Au fil des ans, cette région urbaine a aspiré une bonne partie de notre population, ses talents, son flux monétaire, et aussi le pouvoir. Que ce fût par sa célèbre Université Laval, sa fonction publique, ses sièges sociaux, ses événements d'envergure, le sport professionnel, son patrimoine historique, et par bien d'autres moyens, la vitalité économique et démographique de Québec n'a jamais manqué de leviers pour se maintenir et même s'accentuer. De surcroît, ces leviers sont devenus durables. Pour résister à cette polarité, une région comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean a dû et doit encore constamment se renouveler, se réinventer, se recréer, ce qui devient épuisant et éreintant à la longue. Pour toutes les régions situées dans le champ magnétique d'un tel pôle urbain, en ajoutant l'évolution des technologies d'aujourd'hui, l'effort qui est requis pour éviter le déclin frôle aujourd'hui la démesure. Ce qui devient frustrant pour ces régions, c'est que ce phénomène économique ne semble pas être si compris ni reconnu de la part des dirigeants aux commandes de notre société. Je ressens même une indifférence. Pourtant, ceux-ci devraient grandement s'en inquiéter quant à l'avenir, car le jour où l'on aura épuisé les bassins périphériques de population, de talents et de capitaux, ce sera autour du pôle d'être aux prises avec les mêmes inquiétudes sur son devenir, ce que d'aucuns ne semblent voir venir.

Les grands centres urbains prospères, dans leur propre intérêt d'abord, devraient donc être les premiers à s'inquiéter du sort des régions, plutôt que de les faire sentir coupables de ce qui leur échoit. En ce sens, le premier pas à franchir, pour nous, est de faire prendre conscience à la classe politique influente et aux milieux d'affaires nationaux cette interminable vulnérabilité des régions économiques situées dans l'espace magnétique des pôles.

J'admets qu'il faut miser encore sur l'entrepreneuriat pour faire naître de nouveaux fleurons. Cependant, lorsqu'on voit avec quelle facilité la mondialisation facilite les prises de contrôle (tant sur les entreprises que sur les terres agricoles maintenant), on s'engage dans un infini recommencement et ça ne pourra suffire à long terme. Les solutions durables doivent à priori être solidement appuyées par le pouvoir politique décisionnel. Parmi elles, le développement accru de compétences et de services gouvernementaux en région, quels que soient les ministères, constitue un facteur gagnant à long terme. Le développement de créneaux autour de la santé et de la médecine en mettant à contribution notre université régionale peut être un autre tremplin durable. D'ailleurs, toute autre initiative tournant autour de la recherche ou de différentes facultés susceptibles d'offrir une autre poussée à notre université pourra engendrer des retombées nouvelles et pérennes tant sur le plan démographique, intellectuel, social que financier. D'autres idées sont également à mettre de l'avant, mais elles doivent avant tout offrir une solide opposition au magnétisme des pôles. C'est pourquoi, à mon point de vue, l'ensemble des solutions passe d'abord par une prise de conscience collective de ce phénomène économique. Peut-être sera-t-il plus aisé ensuite de mettre à contribution le pouvoir économique et politique central afin qu'il s'investisse davantage dans la prospérité des régions de manière à assurer ultimement, la prospérité des grands centres. Un coup de barre sans précédent est à donner pour positionner les régions pourvoyeurs de ressources humaines, énergétiques, naturelles et financières sur l'échiquier économique du Québec!

Martin Bergeron

Hébertville

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