Legault et la question nationale

Entre le statu quo «déconcertant» de Philippe Couillard... (La Presse Canadienne, Jacques Boissinot)

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Entre le statu quo «déconcertant» de Philippe Couillard et l'indépendantisme «radical» et «unidimensionnel» de Pierre Karl Péladeau, la CAQ voit un «gros vide» qu'elle entend occuper : celui du nationalisme revendicateur. «C'est là que se retrouve la majorité des Québécois», calcule François Legault.

La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

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Le Quotidien

Après un hiatus qui n'aura finalement duré que quatre ans, le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, s'est positionné dans le débat sur la question nationale en se définissant comme un «nationaliste». Entre autres choses, la CAQ Legault entend revendiquer un statut particulier pour le Québec au sein de la fédération canadienne. Par ailleurs, le Québec devrait jouir davantage d'autonomie dans certains domaines, notamment la langue et l'immigration, nous dit M. Legault. Sa position n'est évidemment pas sans rappeler celle de la défunte Action démocratique du Québec de Mario Dumont, alors qualifiée d'autonomiste.

De l'aveu même de M. Legault, l'évolution de sa réflexion est intimement liée au contexte politique actuel, notamment l'arrivée en scène de Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois. Il est vrai que nous assistons actuellement à une polarisation sans précédent de l'échiquier politique québécois entre, d'une part, le poing levé de PKP pour la souveraineté du Québec et, d'autre part, le fédéralisme «extrême» de Philippe Couillard. Certains diront que, dans ce contexte, M. Legault n'avait probablement plus le choix de se positionner clairement, mais il n'en demeure pas moins que sa position mitoyenne est intéressante et pourrait séduire une part non négligeable de l'électorat québécois.

Cela dit, considérant le succès mitigé de cette approche dans le passé, c'est tout de même un pari risqué que s'apprête à prendre la CAQ. La «troisième voie» autonomiste, en effet, n'est pas nouvelle, mais n'a jamais su s'imposer comme une force politique de premier plan. D'emblée, on peut se questionner sur la force et la pertinence d'un nationalisme qui refuse l'idée même que le Québec pourrait (devrait) devenir un État indépendant si le Canada n'arriverait pas à satisfaire ses demandes légitimes. Les nationalistes libéraux comme Robert Bourassa et Claude Ryan en sont d'ailleurs passés par là, avec les résultats -et les tristes conséquences- que l'on connaît. M. Legault et sa troupe auront donc fort à faire pour convaincre les Québécois de la pertinence de leur approche.

Quoi qu'il en soit, reconnaissons à tout le moins que le virage nationaliste de la CAQ a le mérite de mettre en lumière la persistance de la question nationale au Québec. Loin d'être un enjeu d'un autre siècle, elle s'impose au contraire comme un horizon indépassable de la politique québécoise. Pour garder toute sa pertinence, cependant, elle devra être repensée dans un cadre original qui reflète le nouveau cycle politique qui est peut-être en train de s'ouvrir. Quel sera le nouveau visage du nationalisme québécois? Il faut évidemment être prudent, mais disons à tout le moins que la réponse à cette question n'est probablement pas dans les solutions du passé. En se plaçant ainsi à l'écart de la polarisation contre-productive entre les troupes de messieurs Péladeau et Couillard, François Legault pourrait faire mouche. Mais pour arriver à faire vivre la troisième voie et réussir là où ses prédécesseurs ont échoué, il devra véritablement faire preuve davantage d'audace.

Sébastien Lévesque

Professeur de philosophie

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