Métis: de nouvelles recherches!

Serge Gauthier, Ph.D.... ((Archives Le Quotidien))

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Serge Gauthier, Ph.D.

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Le Quotidien

Malgré l'échec que constitue le récent jugement Banford dans la cause Corneau sur la reconnaissance métisse menée par la Communauté métisse du Domaine du roi et de la seigneurie de Mingan (CMDSM), la question de la reconnaissance par nos gouvernements des communautés métisses québécoises reste posée et ne cessera pas de se discuter tant qu'elle ne sera pas analysée de manière différente par les historiens à la lumière de recherches neuves et de nouveaux questionnements.

Un récent travail de terrain dans le secteur de la Côte-Nord du Québec nous amène d'ailleurs à questionner certains postulats entravant présentement une approche plus juste de la question. Récemment, un historien québécois affirmait un principe curieusement établi à savoir que les communautés autochtones ont généralement vécu loin des lieux habités par les Québécois. Dans la réalité du terrain, cela ne se confirme certainement pas aussi clairement. Durant notre enquête récente de Godbout à Sept-Îles, nous avons pu constater que la proximité entre les autochtones et la population québécoise y a été très forte. Dès l'arrivée des nouveaux résidents québécois, surtout au 19e siècle, ces groupes ont vécu en se côtoyant ouvertement, ce qui a provoqué des alliances favorisant l'émergence d'une communauté dite métisse. Cela représente un exemple d'intégration remarquable et l'idée d'éloignement ou de séparation des communautés autochtones et québécoises ne saurait tenir dans ce secteur pas plus que dans d'autres régions du Québec. Nous postulons ainsi que pour une grande partie du territoire, cette réalité de la proximité ou du rapprochement entre les Québécois et les autochtones est flagrante, notamment au Saguenay-Lac-Saint-Jean, dans Charlevoix, sur la Côte-Nord et probablement aussi en Gaspésie. Mais, ce sont des régions où la majorité des historiens universitaires québécois se sont peu aventurés, d'où le manque de vision en ce qui concerne leur réalité.

La référence à des fichiers de population montés à partir de registres paroissiaux tenus par l'Église catholique ou encore de documents rédigés par des prêtres et religieux fait partie de cet aveuglement qui nécessite une nouvelle mise à jour. La plupart des historiens s'accorderont à dire que ces registres notamment ont éludé voire passé sous silence la présence métisse au Québec pour des raisons morales tout particulièrement. Les identités métisses ont souvent été trafiquées et même des généalogistes sérieux conviennent que les alliances entre la population québécoise et autochtone constituent un phénomène que ne rendent pas bien les registres des paroisses catholiques. Il faut donc trouver de nouveaux champs d'analyses. Pour notre part, nous avons retracé dans de nombreux ouvrages du 19e siècle, la plupart du temps rédigés par des non religieux, des références fréquentes à la communauté métisse comme celle écrite par le journaliste américain Charles Haight Farnham en 1883 dans un article traitant de la région de Charlevoix. « Il y a aussi le Canadien de sang indien qui ne représente d'aucune manière un maillon faible de la population, ni en nombre ni en influence. Il est remarqué par ses traits, mâchoires hautes, petits yeux noirs. Ils sont souvent nommés les "petits-brulés". Ce témoignage n'est pas le seul. Nous en avons dénombré plusieurs dizaines dans divers ouvrages notamment rédigés au 19e siècle. Même un document issu du gouvernement québécois en 1899 distingue à l'intention des chasseurs et touristes le guide canadien, indien de celui qui est Métis. Nous invitons donc les historiens à élargir la documentation sur ce sujet afin d'avoir une perspective plus juste et plus objective. Notre approche actuelle de la documentation disponible et aussi du terrain nous amène désormais à émettre une première hypothèse visant à affirmer que les liens entre autochtone et Québécois, notamment dans les régions du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Charlevoix et de la Côte-Nord à partir du 17e siècle, ont amené la formation d'une communauté métisse identifiable plus clairement avec la fin du 18e siècle et beaucoup plus affirmée avec le 19e, d'où le nombre de références à des Métis qui se retrouvent à ce moment dans les ouvrages et récits. Il peut se trouver par la suite, au 20e siècle, un affaiblissement de cette appellation métisse notamment par l'affirmation de nations amérindiennes qui ont pris le pas sur la réalité métisse moins mise en valeur, mais néanmoins présente de façon continue. Mais plusieurs nations amérindiennes ne seraient-elles pas formées aussi par des Métis à la suite de l'établissement de réserves par le gouvernement fédéral? La chose semble souvent se justifier et elle commence à peine à être étudiée.

Des hommes et des femmes du Québec continuent de s'identifier comme étant des Métis. Ils ont une culture originale qui s'affirme de plus en plus et des droits qu'ils veulent faire reconnaître. Certains historiens continueront-ils de discuter au-dessus du terrain et de la réalité avec des concepts souvent dépassés où chercheront-ils à élargir le débat? Pour une bonne partie du Québec, presque la moitié de son territoire en fait, comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Charlevoix, la Côte-Nord, leurs méthodes d'approche sont déficientes et axées sur des réalités autres. Il y a suffisamment de données pour percevoir autrement cette question de la reconnaissance des communautés métisses au Québec qui restera même si certains scientifiques continuent de se fermer les yeux.

Serge Gauthier, Ph.D.

Ethnologue et historien.

Chercheur au Centre de recherche sur l'histoire et le patrimoine de Charlevoix.

Témoin expert dans la cause Corneau

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