Un système à bout

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Le Quotidien

(Pendant) que les élections fédérales au Canada approchent à grands pas, les choses se corsent avec l'accord de Partenariat transpacifique (PTP).

Cet accord qui menace l'intégrité du système de la gestion de l'offre canadienne et qui touche 12 pays, dont les États-Unis, le Japon et bien sûr, le Canada, pourrait devenir le plus important traité multilatéral de libre-échange de l'histoire. L'objectif premier du PTP cherche à éliminer 90% des éléments de distorsions commerciales internationales entre ses membres. Évidemment, les vertus de la gestion de l'offre ne se conjuguent pas très bien avec un tel objectif. Depuis des lunes, le Canada est accusé de maintenir son système de quotas et de barrières tarifaires à un niveau ultra-protectionniste, qui exclut notamment notre filière laitière du commerce international. Ainsi, plusieurs craignent la fin des quotas et des tarifs canadiens, et ce, avec raison.

Les négociations durent depuis déjà un certain temps. Depuis 2005, les pays se succèdent pour joindre le groupe. C'est en 2011 que le Canada a joint le clan au grand désarroi des Américains et des Néo-Zélandais qui, à l'époque, critiquaient le Canada pour le maintien de son schème protectionnisme, surtout pour le lait. Puisque la majorité des discussions reliée à l'entente se fait à huit clos, peu savent ce que le Canada est prêt à sacrifier pour intégrer ce partenariat historique.

Mais soyons clair, avec l'Europe qui a mis fin à ses quotas laitiers en avril dernier, le Canada ne peut se permettre de passer à côté d'une si belle occasion, point! Le Canada est maintenant la seule économie industrialisée au monde à maintenir un système agraire aussi réfractaire. C'est embarrassant pour l'ensemble du pays. C'est en conversant avec d'autres intervenants de divers pays que l'on se rend contre à quel point le Canada est devenu une véritable risée dans le domaine agricole. Sans l'accord transpacifique, le Canada serait isolé du monde. Une fois ce traité ratifié, l'attention de nos plus grands clients, les Américains, sera désormais dirigée vers l'Asie.

Ce n'est pas un hasard que le Congrès américain a déjà donné au président Obama la permission de conclure une attente d'ici quelques mois avec le groupe transpacifique. C'est un marché en expansion. Pour en rajouter, l'Europe tient aussi à signer une entente avec les États-Unis, comme nous l'avons fait l'an dernier. Pour l'Europe, un marché de plus de 300 millions de consommateurs est beaucoup plus intéressant que nos quelque 35 millions de Canadiens.

Déjà fragilisé par nos stratégies circonscrites du passé telles que la Commission canadienne du blé, le cartel du sirop d'érable et la gestion de l'offre, notre palmarès peu reluisant en matière de commerce international nuit grandement à notre réputation. Notre propre accord avec l'Union européenne tarde à être ratifié. Étant donné que la Zone euro est sur le bord d'une crise avec le dossier de la Grèce, et qu'une élection se met en branle chez nous, tout peut arriver. L'accord du PTP est donc d'une importance capitale pour le Canada.

Pour le secteur agricole canadien, c'est ni plus ni moins une progression naturelle vers l'épilogue d'un régime qui a atteint la fin de sa vie utile. À ses débuts, la gestion de l'offre servait bien la population canadienne, mais le contexte a bien changé et il est temps de passer à autre chose. Le premier ministre Harper a compris depuis fort longtemps qu'une réforme agraire ne passerait jamais par un débat purement national. Le Québec et surtout l'Union des producteurs agricoles n'ont jamais démontré la moindre flexibilité depuis des années, au détriment des producteurs agricoles à la recherche d'espoir. En signant des ententes de libre-échange avec d'autres pays, M. Harper utilise des forces exogènes pour contraindre le Canada à redéfinir son identité économique sur l'échiquier mondial. Pour en finir avec nos «cartels légaux» dans le lait, les oeufs et la volaille, il n'avait pas d'autre choix.

Le prochain chapitre de la gestion de l'offre mérite une réflexion pancanadienne, bien formulée pour le bien-être de nos producteurs agricoles affectés. Pour se protéger du marché américain, le maintien des quotas actuels est peut-être souhaitable, mais des mesures incitatives de compétitivité sont nécessaires pour s'ouvrir au monde. Avec un tel contexte, la prochaine élection fédérale sera certes le moment opportun pour inviter tous les Canadiens, et pas seulement les producteurs, à discuter de l'avenir de notre économie agricole.

Dr. Sylvain Charlebois

Professeur Food Institute

Université de Guelph

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