Sur les prédateurs

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Éric Dubois

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Le Quotidien

Bertrand Tremblay a bien raison de questionner (dans sa chronique publiée hier dans Le Quotidien) l'implication de nos gouvernements dans la mondialisation de l'économie pour trouver les vraies raisons du drame que nous vivons chez nous. Les «prédateurs» dont il parle sont ceux-là mêmes qui semblent bénéficier de la faveur de nos gouvernements dans l'établissement de nos politiques sociales et économiques.

En tout cas, ce sont ceux-là à qui ces politiques profitent le plus, et depuis longtemps. On nous a promis la prospérité infinie par la levée des entraves au libre marché triomphant. Pour cela, nos gouvernements ont signé des accords de libre-échange qui limitent jusqu'à plus du tout leur pouvoir de décider et d'agir. Aujourd'hui, ces gouvernements ne peuvent plus intervenir pour empêcher une multinationale d'acheter nos moyens de production pour les démanteler et les délocaliser sauvagement. Et qu'en est-il de la prospérité promise? Parlez-en aux 160 000 travailleuses et de travailleurs qui ont perdu leur emploi dans le secteur manufacturier depuis 20 ans... Le libre marché nous a rendu les esclaves de la volonté de compagnie qui n'ont rien à foutre de nos emplois, ni de nos vies, d'ailleurs!

Esclaves à un point tel que devant ces catastrophes sans nom, ces fermetures, nous trouvions presque normal que nos élus ne puissent absolument rien faire. Ni Philippe Couillard, qui n'a trouvé qu'à dire ceci: «Il est certain qu'on va faire tout ce qu'il est possible de faire pour les faire revenir sur leur décision. Si elle est basée sur des considérations autres, ça va être difficile de faire plus, mais on va au moins faire tous les efforts requis». Ni Denis Lebel, ministre du Développement économique qui s'est limité qu'à ce laconique: «La façon de faire de la compagnie est sûrement questionnable. C'est très désolant pour les employés, mais c'est la loi du marché mondial».

Loin d'être des victimes de cette triste réalité, ces élus en sont surtout les artisans. Ce sont eux qui ont conclus ces accords de libre-échange si néfastes qui détruisent notre économie régionale. Ce sont aussi eux qui imposent des politiques d'austérité qui ne visent rien d'autre que la privatisation de nos services publics, qui seront bientôt accaparés par des multinationales assoiffées de profits. Ce sont ceux là qui sont les apôtres de la diminution du rôle de l'État, de la non-intervention de notre gouvernement dans l'économie, de notre appauvrissement démocratique et économique. Ce sont les artisans de notre propre malheur; à leur façon, des prédateurs.

Combien d'autres fermetures sauvages faudra-t-il pour qu'éclate enfin la révolte nécessaire à mettre fin à tout cela? Combien encore d'entre-nous devront être dérangés dans leur confort et leur indifférence pour que nous nous redonnions ce pouvoir que nous laissons si passivement dans les mains de ces prédateurs? Je pose ces questions comme pour tenter d'apaiser ma colère en-dedans. L'apaiser en vous la partageant... Comme l'écrivait Camus, «Si nous échouons, du moins, cela aura été tenté».

Éric Dubois

Saguenay

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