Un contre-discours est nécessaire

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L'auteur, Khadiyatoulah Fall, est professeur titulaire de la Chaire d'enseignement et de recherches interethniques et interculturels (CERII) et enseignant à l'UQAC.

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Le Canada, avec près de 100 individus, compte parmi les principaux exportateurs de combattants dans la guerre en Syrie. Notre pays n'échappe plus au radicalisme islamiste, comme l'ont montré les attentats d'Ottawa et de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Parce que la radicalisation islamiste est un phénomène à la fois résilient et mutant, les stratégies à mettre en oeuvre pour lutter contre ce phénomène ne peuvent être uniquement répressives. Elles doivent être globales et inclure un volet préventif. C'est ainsi que les politiques de contrôle doivent s'accompagner d'un double processus de désengagement. L'un revient à faire sortir les militants jihadistes de la clandestinité et des maquis. L'autre porte sur la dé-radicalisation, soit d'amener ces militants à renoncer aux idéologies radicales et aux méthodes violentes.

Constatant justement les difficultés à résoudre le problème sur le plan strictement sécuritaire, des pays comme l'Angleterre, les Pays-Bas et le Danemark ont mis en place des programmes de déradicalisation, directement inspirés par des politiques mises en place par quelques pays arabes.

Un contre-discours de réplique assez impactant reste cependant à élaborer. Il doit être suffisamment légitime religieusement pour mobiliser les communautés musulmanes et ne pas paraître comme étant « à la solde et sous la manipulation » des services et pouvoirs occidentaux. Ainsi, ce contre-discours pourrait se fonder sur d'ex-jihadistes, certains imams et prédicateurs, qui pourraient disqualifier la radicalisation islamique et clarifier leurs positionnements sur l'usage de la violence armée et de la haine religieuse.

Ces contre-arguments religieux pourraient être présentés en conférences dans des mosquées. S'y ajouteraient des mesures positives : diffuser des discours alternatifs par un nombre important d'internautes pour investir des aspects du débat public accaparés par les extrémistes ; améliorer l'éducation à la consommation de contenus numériques dans les écoles; encourager la mise en place de plateformes sociales qui mettent à mal la propagande d'idéologies haineuses sur le web, etc.

Les décideurs publics ne doivent pas imposer par le haut leurs choix politiques aux musulmans concernant la question de la place de l'islam au Québec. Il est inutile de leur proposer les termes du débat autour du «bon musulman» et du «mauvais musulman» ou de l'islam selon des positions binaires (« avec nous ou contre nous »).

Une stratégie du contre-discours répondant à la propagande radicale devrait être mise en place à travers des spots publicitaires et des panneaux d'affichage à l'image des campagnes de lutte contre l'alcoolisme, contre le tabagisme ou la délinquance routière. Ce contre-discours pourrait mener à une conférence nationale sur les dangers du discours radical et il regrouperait hommes politiques, religieux et membres de la société civile. Elle devrait, à notre sens, ne pas exclure également des mouvements religieux davantage fondamentalistes même s'ils peuvent être considérés à certains égards comme préparant idéologiquement le terrain à la radicalisation, sans y prendre part directement.

Les femmes constituent très manifestement une population à risque à l'égard du discours radical, au regard de leur nombre grandissant se rendant en Syrie. Il s'agit par conséquent de leur faciliter l'accès au travail et à l'éducation afin de les émanciper à l'égard d'un discours de radicalisation qui se joue de leur rôle supposé dans la société musulmane.

Enfin, la lutte contre la radicalisation devrait sans doute passer par une application rigoureuse des outils légaux qui permettent une pénalisation de certains discours racistes. On peut aussi s'interroger quant à un renforcement de l'arsenal législatif, réprimant les propos racistes, antisémites, anti-musulmans ou incitant à la haine. Il pourrait ainsi être demandé, aux opérateurs d'Internet de retirer les contenus faisant l'apologie de la haine religieuse ou ethno-religieuse, sur une base qui pourrait se rapprocher de ce qui existe déjà en matière de pornographie juvénile et de prévoir le blocage de sites appelant à la radicalisation violente.

Samir Amghar et Khadiyatoulah Fall

Chercheurs à la Chaire CERII et au CELAT à l'UQAC, Chicoutimi

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