Un projet de société menacé

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Michel Perron, Ph.D. Professeur au Département des Sciences humaines UQAC

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Le Quotidien

Monsieur Philippe Couillard, premier ministre
Monsieur François Blais, ministre de l'Éducation
Statistiques scolaires à l'appui, je croyais jusqu'à récemment que le Québec avait marqué depuis 2009 un virage significatif en matière de persévérance scolaire et que nous allions dans la bonne direction. Depuis quelques mois, je suis plutôt le témoin d'une série de décisions du gouvernement qui compromettront sérieusement le succès du plan d'action proposé en 2009 par le Groupe d'action sur la persévérance et la réussite scolaires et par la Stratégie gouvernementale L'École j'y tiens, laquelle amenait tous les acteurs à se mobiliser pour atteindre la cible de 80% de diplômés chez les moins de vingt ans avant 2020.

Depuis, certaines régions se sont grandement démarquées. C'est le cas du Saguenay-Lac-Saint-Jean avec le modèle mis en place avec succès il y a 20 ans par le CRÉPAS. Les avancées sur ce territoire s'appuient à la fois sur la contribution réciproque des politiques publiques, du milieu scolaire et de la société civile, tout en bénéficiant de la contribution des chercheurs. Mais il n'y a pas qu'au SLSJ où les projets et les bonnes nouvelles se sont multipliés.

Le taux de diplomation au secondaire avant l'âge de 20 ans au Québec est passé de 68,6% en 2006-2007 à 75,8% en 2011-2012, un progrès de plus de sept points de pourcentage. On observe également que le nombre de MRC présentant un taux de diplomation inférieur à 65 % a chuté, passant de 26 à 16. Le nombre de celles ayant un taux supérieur à 80 % est passé de 4 à 10.

Lors de la dernière campagne électorale, le Parti Libéral a par ailleurs pris des engagements clairs. Le 10 mars 2014, vous déclariez, monsieur Couillard : « Ces économies dans la bureaucratie seront investies dans les services aux élèves et dans la réussite scolaire. Sur 5 ans, ce sont des économies cumulatives de 187 millions de dollars qui seront ainsi investies. (...) Plus spécifiquement, un gouvernement du Parti Libéral du Québec intensifiera la lutte contre le décrochage scolaire ». Pour ce faire, vous entendiez étendre le service d'aide aux devoirs, assurer une intervention rapide chez les jeunes en difficultés d'apprentissage et « soutenir les projets issus de la communauté, tel le CRÉPAS au Saguenay-Lac-Saint-Jean ».

Alors que la situation évolue favorablement depuis 2009, que les engagements personnels en campagne électorale du chef de l'État s'inscrivent dans la continuité, pourquoi devrait-on s'inquiéter? Pour plusieurs raisons selon moi.

Premièrement, la semaine dernière à l'Assemblée nationale, monsieur Blais, vous avez été interpellé sur l'avenir et le financement du CRÉPAS, qui a largement fait la preuve de la pertinence et des effets de l'action de toute une région pour soutenir ses jeunes. Au-delà de reconnaître le bien-fondé de l'organisme, vous n'avez pas signifié d'intention concrète. Or, les préfets des cinq MRC ont réservé 300 000 $ pour l'année à venir afin de consolider cette expertise régionale, à la condition que votre ministère y contribue. Votre réponse à cet effet tardant, des mises à pied massives au CRÉPAS sont malheureusement déjà programmées.

Deuxièmement, la disparition de plusieurs organismes régionaux, tels les CRÉ et les forums jeunesse, signifie la fin d'un mode de financement d'initiatives déployées à la grandeur du Québec. Pire encore, le gouvernement a pris la décision, sans consultation ni évaluation, de mettre fin au projet Réunir Réussir, qui a injecté 50 000 000 $ (dont la moitié provenait de la Fondation Chagnon) en cinq ans dans l'ensemble des régions. Tous ces efforts ont permis à plusieurs régions d'infléchir la courbe du décrochage.

Troisièmement, de nombreux services aux élèves en difficulté ne seront plus dispensés dans les écoles. Je pense à l'aide aux devoirs qui sera diminuée par manque de ressources financières de même qu'à des services spécialisés qui seront suspendus. Il suffit de voir s'épuiser des milliers de parents d'enfants ayant des besoins particuliers pour comprendre qu'un virage doit être pris rapidement. De grâce, ne laissons pas au bord du chemin des enfants capables de réussir et qui méritent mieux que des déclarations sur des enjeux de structures ou de budgets.

Je fais un appel solennel au gouvernement du Québec pour qu'il se ressaisisse. Une proportion encore trop importante de jeunes peinent à réussir, souffrent, se sentent laissés pour compte, adoptent des parcours atypiques, abandonnent. Pour que l'éducation redevienne un véritable projet de société, l'État doit placer les enjeux éducatifs au premier rang et soutenir adéquatement les efforts consentis dans tous les milieux. Un premier geste serait assurément de consolider le financement du CRÉPAS, afin de ne pas perdre la précieuse expertise de cet organisme qui est un phare pour le reste du Québec.

Michel Perron, Ph.D.

Professeur au Département des Sciences humaines UQAC

Titulaire de la Chaire UQAC-Cégep de Jonquière sur les conditions de vie, la santé et les aspirations des jeunes (VISAJ)

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