Itinérance ici et ailleurs

«En 2015, on parle d'une augmentation de 400%... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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«En 2015, on parle d'une augmentation de 400% d'itinérance chez les femmes et la prostitution est à l'honneur! On a dénombré, à ce jour, plus de 6000 itinérants à Montréal où il y a une capacité d'accueil de 500 places.»

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Le Quotidien

Lorsque nous apercevons une personne sans-abri, nous portons immédiatement un jugement, car elle n'entre pas dans le cadre sociétal et nous fermons tout simplement les yeux! Nous savons tous que l'itinérance existe depuis des siècles. Auparavant, on les surnommait les «quêteux», pour ensuite les nommer «les sans-abri» et pour terminer, par les «sans domicile fixe». Quelle belle appellation pour se convaincre que ces personnes ne sont pas sans-abri... et cela paraît tellement mieux pour les statistiques!

Pour mieux comprendre, commençons par la période duplessiste. Entre les années 40 et 70, plusieurs enfants naissaient dans «l'illégalité" et étaient placés dans des orphelinats. Le coût de ces derniers était défrayé par le gouvernement provincial. Les orphelinats étant trop pleins, au lieu d'en construire d'autres, on a eu la brillante idée de placer ces enfants dans des hôpitaux psychiatriques, car les frais étaient assumés par le gouvernement fédéral et cela a été fait en concertation avec l'Église. Bien sûr, les dossiers médicaux étaient falsifiés par des médecins véreux.

Survient dans le décor Denis Lazure, psychiatre, homme politique et réorganisateur des services en santé mentale. Il était, de plus, président du comité d'appui aux «Orphelins de Duplessis» qui avaient subi de la maltraitance extrême (dont des essais médicamenteux où certains ont trouvé la mort et vente de ces corps à des écoles médicales). Peu de temps après survient la «désinstitutionnalisation de "masse". On vide les hôpitaux psychiatriques pour envoyer la majorité des patients dans la rue. Cette réforme avait pour but de réduire ou d'arrêter les comportements dépendants de ces patients et d'améliorer leurs comportements non-adaptatifs! Cette réforme a été fortement dénoncée et contestée.

L'argument majeur était que les services communautaires coûtaient moins cher et que les médicaments aideraient ces individus à redevenir "stables" dans la société (qui leur était alors inconnue pour eux après de nombreuses années derrière «les barreaux psychiatriques»).

La majorité des ces personnes sont donc devenues itinérantes. Les raisons, pour le moins évidentes: problèmes de santé mentale, déficience, toxicomanie et un manque de participation dans la société! Vous comprendrez que ces gens avaient beaucoup de difficulté à se prendre en charge, qu'ils éprouvaient énormément de souffrance, de perte de sentiment d'appartenance, de démêlés avec la justice et de surcroît, de pauvreté.

En 2015, on parle d'une augmentation de 400% d'itinérance chez les femmes et la prostitution est à l'honneur! On a dénombré, à ce jour, plus de 6000 itinérants à Montréal où il y a une capacité d'accueil de 500 places. On ose dire que les itinérants peuvent difficilement respecter les règles formelles et informelles du réseau gouvernemental (carte d'assurance-maladie, carte d'assurance-sociale, rendez-vous et autres). Mais, qu'ont-ils connu?

Et, en parfaite contradiction, il existe des programmes gouvernementaux qui hébergent des itinérants pour des soins à court terme, mais ils exigent que la personne ait un domicile fixe! D'où, peut-être, par déduction logique, provient l'appellation «sans domicile fixe» ?

À Montréal, il y a La Maison du Père (depuis 45 ans - hommes seulement), l'Accueil Bonneau (depuis 137 ans - hommes seulement) qui offre 800 repas par jour et ont, en association avec les HLM , 166 studios), le Refuge, pour une nuitée, et un dîner s'ils travaillent bénévolement à l'entretien des lieux. La Maison Wolfe (56 chambres) pour un transit de trois mois avec un suivi psychiatrique, des travailleurs sociaux et autres bénévoles pour leur trouver un logement réduit en terme de coût et suivi. Mais tenez-vous bien: le délai d'attente est de trois ans et demi!

Si on parlait du Saguenay? À ce jour, il y a peu d'itinérance. Des services sont offerts: soupes populaires, comptoirs vestimentaires et centres d'hébergement pouvant accueillir environ 50 personnes. Il semblerait qu'ici, l'itinérance est épisodique ou transitoire. Mais, on omet, volontairement ou non, de parler de l'exode de ces personnes vers les grands centres. Pour les femmes, il existe des maisons d'hébergement. Le tout totalise environ 60 lits.

L'itinérance ne touche pas seulement les psychiatrisés, mais aussi les jeunes délinquants, les femmes en détresse et les hommes en difficulté.

C'est une cause qui me tient réellement à coeur, car il m'est difficile de concevoir que peu de gens leur viennent en aide. On donne aux pays étrangers dans la misère, mais on devient aveugle lorsqu'il s'agit de notre province! Nous vivons dans un système capitaliste et là où on parle d'argent, comme dirait ma grand-mère «au plus fort la poche» !

Dyan Fleury

Écrivaine

Saguenay

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