Les droits des femmes

Marthe Asselin Vaillancourt... ((Archives))

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Marthe Asselin Vaillancourt

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Le Quotidien

Le 18 avril a marqué le 75e anniversaire du droit de vote des Québécoises. C'est le jour où grâce aux actions de Thérèse Casgrain, nous sommes nées socialement. Il était temps, le Québec était bien en retard sur d'autres États et sur d'autres pays. Il faut constater que même si on parlait de matriarcat québécois, notre rôle social était fort limité.

Les femmes régnaient sur la famille, sur le jardin et les fleurs en quémandant parfois les sommes nécessaires à leurs réalisations. On a beaucoup écrit sur les ambiguïtés sociales concernant cette époque, mais si peu sur le vécu familial qui était pas mal perturbé tant les familles étaient divisées. J'étais bien jeune en 1940, mais je résidais dans la maison ancestrale où l'oncle Olivar Asselin avait vécu j'ai vite pris conscience qu'il s'était prononcé fermement contre tout droit accordé aux femmes. Il n'était pas seul, Henri Bourassa, les évêques et les membres du clergé y allaient de leurs prédictions: c'était la fin de la famille, la perturbation de l'ordre social, les couples n'auraient plus d'enfants, la paroisse se verrait dissoute etc etc. On y allait à grands coups d'écrits et de sermons. Mon père avait une quinzaine de beaux-frères qui se précipitaient chez-nous pour en discuter, disaient-ils, alors qu'ils ne voulaient que renverser cette décision. L'opinion du clergé renforçait les élucubrations de toutes sortes: une fois que les femmes auraient ce droit, elles en réclameraient d'autres, elles ne voudraient plus avoir des enfants, elles se croiraient l'égale des hommes et suprême horreur, elles annuleraient le vote du mari. Ce que j'ai entendu lors de ces soirées suffisait pour créer la plus ardente féministe que j'ai essayé d'être.

Dans le fond des choses, c'était la manifestation du conformisme, du contrôle, du sexisme, du bon droit à la suprématie masculine qui est encore présente aujourd'hui et qui se manifeste sous d'autres formes. Croire que l'on perd le pouvoir séculaire qu'on croit posséder a certainement perturbé plusieurs Québécois qui pensaient que le rôle des femmes était bien défini et que nous y serions enfermées jusqu'à la fin du monde. Force est de constater qu'ils n'étaient qu'à l'aube d'un profond changement qui malgré eux et malgré certaines femmes, il faut bien le dire, allait bouleverser leur vie et celle de leurs descendants.

La Révolution tranquille, la reconnaissance de nos droits, le «Bill 16» proposé par Claire Kirkland Casgrain, les changements au Code civil, la création de groupes féministes, les luttes des femmes ont teinté à tout jamais la vie des Québécois et des Québécoises.

Loin de moi l'idée que nous devrions crier victoire; au contraire, chaque femme battue, chaque femme violée nous interpelle, chaque femme autochtone disparue, questionnent notre société et chacune attend une réponse qui tarde à venir.

Marthe Asselin Vaillancourt

Saguenay

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