Un budget amer

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Le ministre des Finances du Canada, Joe Oliver, déposera son budget le 21 avril.

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Le Quotidien

Les budgets se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Après sept années consécutives de déficit, les conservateurs se préparent à annoncer le retour de l'équilibre budgétaire. L'on voudrait se réjouir de cette annonce.

Équilibrer les dépenses et les revenues est, en théorie, un principe de saine gestion. Cependant, la fin ne justifie pas les moyens. L'atteinte de l'équilibre budgétaire «coûte-que-coûte» n'y fait pas exception et le budget de M. Oliver aura un goût amer. Pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, le goût de l'amertume sera celui de la poursuite de l'abolition programmée des crédits d'impôt fédéraux pour les investissements dans les fonds de travailleur qui, depuis leur mis en oeuvre, avaient permis la création, le maintien ou la sauvegarde de près de 163 000 emplois au Québec. Pour justifier cette politique adoptée sans concertation, le gouvernement fédéral avait affirmé que ce crédit constituait une concurrence déloyale envers les autres fonds d'investissement. L'amertume sera d'autant plus vive en constatant la décision prise par le gouvernement de vendre sa participation acquise dans General Motors en 2009 pour sauver la filière automobile ontarienne. L'on remarquera d'abord qu'à cette période le gouvernement Harper ne semblait pas étouffé par les mêmes scrupules idéologiques qu'aujourd'hui. Le plan de sauvetage de GM et la prise de participation de l'État dans son capital sont contraires aux principes de libre concurrence invoqués par les conservateurs pour se débarrasser des crédits d'impôt. L'industrie ontarienne serait-elle plus importante pour les conservateurs que l'industrie forestière et sidérurgique québécoise? Pourquoi ce qui était possible en 2009 ne l'est plus en 2015?

Prisonnier de sa promesse de rétablir l'équilibre et rattrapé par son erreur d'avoir axé le développement économique sur l'or noir au détriment du secteur manufacturier, le gouvernement s'est mis en situation de devoir agir avec précipitation. Cette erreur de gestion est une faute politique et économique. En vendant sa participation dans l'urgence, le manque à gagner est estimé à 500 M$. On laissera au lecteur le soin d'imaginer ce qui aurait été possible de faire avec ce montant pour appuyer la classe moyenne. On lui laissera également le soin de faire les comptes: économiser 160 M$ en supprimant un crédit d'impôt et «brûler» 500 M$ sur l'autel de l'équilibre à tout prix...

Dans ce contexte, il faut saluer la volonté affichée des libéraux de Justin Trudeau de rétablir le crédit d'impôt pour contribution à des fonds de travailleur et de comprendre que la recherche de l'équilibre budgétaire ne peut pas se faire au détriment de l'équilibre social et économique des différentes provinces canadiennes.

Bertrand Malsch (MBA, Ph.D)

Professeur en comptabilité

HEC Montreal/ Queen's School of Business

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