Décider pour nous-mêmes!

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Les derniers mois ont été éprouvants pour les régions. Depuis son accession au pouvoir, le gouvernement libéral a entrepris un vaste programme de rationalisation de ses dépenses afin de mettre un terme au déficit budgétaire.

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Le Quotidien

Les derniers mois ont été éprouvants pour les régions. Depuis son accession au pouvoir, le gouvernement libéral a entrepris un vaste programme de rationalisation de ses dépenses afin de mettre un terme au déficit budgétaire. Santé et services sociaux, éducation, culture...

Tous les postes budgétaires sont appelés à faire des efforts afin d'économiser ici et là quelques sous afin de contenter le «dieu du déficit zéro». Vue de l'esprit ou non, la rigueur avec laquelle on impose ce programme d'austérité a de quoi faire sourciller n'importe qui s'intéresse au développement du Québec. Car, si on exclut l'absence éclatante des si nombreux emplois promis par le PLQ, on constate avec effroi que nombre des décisions et coupes budgétaires récentes touchent directement la capacité des régions ressources et rurales de se développer selon leurs propres choix et besoins. Autrement dit, et d'une manière qui devient de moins en moins subtile, on semble vouloir enlever à ces régions le pouvoir de décider pour elle-même en (re) centralisant les principaux lieux décisionnels et en retirant les ressources nécessaires à un tel exercice. Du point de vue des connaissances actuelles en développement régional, cela va à l'encontre du bon sens le plus élémentaire en termes économique, social et environnemental...

Comment interpréter autrement les actes d'un gouvernement qui fusionne, aboli ou retire le financement des commissions scolaires, des Agences de santé, des CRÉ, des CLD ou de Solidarité rurale du Québec que comme une volonté de spolier la capacité décisionnelle des milieux? Comment croire qu'au-delà du désir de faire le ménage ou réformer des instances locales soi-disant coûteuses ou inefficaces, il n'y a pas dans ces gestes un déni de la capacité du local à choisir pour lui-même? Car c'est bien ce qui semble se passer aujourd'hui, quand messieurs les ministres Barrette, Bolduc et Moreau, avec le sacro-saint argument de l'efficacité économique, rapatrient les pouvoirs à Québec en ne laissant aux régions que des miettes qu'elles se disputent comme des chiens affamés. Voyez déjà les intervenants se déchirer sur la place publique pour savoir qui aura quoi, d'autres préférant feindre l'impassibilité pour mieux doubler les «opposants». Ce n'est qu'un début, car au buffet des laissés pour compte, il n'y a pas de file d'attente qui tienne!

Il faut comprendre l'importance du pouvoir de décider à une échelle régionale ou locale. Croire au potentiel des milieux à décider pour eux-mêmes, c'est de miser sur une stratégie de développement mieux adaptée aux régions concernées. C'est de valoriser la participation de tous les acteurs du milieu et d'admettre que les compétences individuelles puissent former une compétence locale. C'est de choisir de s'en remettre aux processus démocratiques et à des relations transparentes plutôt que d'appliquer unilatéralement de décisions prises au sommet. Enfin et surtout, c'est de valoriser la conscience citoyenne et l'appartenance au milieu comme une valeur ajoutée et non pas comme l'expression d'une étroitesse d'esprit généralement associée aux «fonds de rangs». N'en déplaise au Conseil du patronat du Québec, ce dont il est question ici, c'est l'occupation du territoire, de notre territoire, c'est-à-dire le vivre en semble dans un milieu dynamique et non plus jamais à genoux devant les investisseurs potentiels. Évidemment, cette façon de faire est plus exigeante que ce qui s'est fait à d'autres époques. Elle demande du temps, de l'espace et des ressources qui permettront d'accompagner les milieux qui se prennent en main. En la matière, c'est généralement l'État qui est le principal fournisseur.

Voilà qui nous ramène à notre point de départ, car en acceptant sans broncher le démantèlement des principales institutions publiques de nos régions et des espaces de délibérations qui y sont associés, on s'expose à l'éventualité fort désagréable de subir notre développement plutôt que d'y participer. Il est d'autant plus important de réagir collectivement à ce qui semble se dessiner à l'horizon et de réitérer haut et fort notre désir de décider pour et par nous-mêmes. Il reste à espérer qu'à défaut de pouvoir sauver ce qu'il reste des ruines des efforts de décentralisation des pouvoirs des 15 dernières années, nous saurons trouver une autre voie afin de demeurer les principaux acteurs de notre développement. N'oublions pas que si le siège du spectateur est plus confortable que le devant de la scène, c'est rarement lui qui récolte les fleurs et les hommages.

Sabrina Tremblay

Professeure

Département des sciences humaines UQAC

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