Baliser les incertitudes

Le caribou forestier est l'une des raisons invoquées... ((Archives))

Agrandir

Le caribou forestier est l'une des raisons invoquées pour justifier la suspension des certificats FSC sur deux territoires au nord du lac Saint-Jean.

(Archives)

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Quotidien

Le caribou forestier est l'une des raisons invoquées pour justifier la suspension des certificats FSC sur deux territoires au nord du lac Saint-Jean. Comme propriétaire et gestionnaire de la forêt publique et de la faune qui y habite, le gouvernement du Québec devra décider s'il met en place des actions supplémentaires pour assurer le rétablissement des populations de caribou forestier dans la forêt boréale. Le mot supplémentaire n'est pas anodin, car l'enjeu caribou forestier fait déjà partie des plans d'aménagement forestier de la région depuis plus de dix ans.

La stratégie régionale déployée présentement découle directement du premier plan provincial de rétablissement du caribou forestier (période 2005-2012), élaboré sur la base des meilleures informations scientifiques disponibles au début des années 2000. Elle repose sur la présence de tous les habitats forestiers nécessaires pour permettre au caribou de compléter son cycle vital. Ceci inclut des milieux ouverts, des forêts en régénération (massif de remplacement) et des blocs de forêt mature (massif de protection) de 100 à 250 km2 de superficie. Ceux-ci seront récoltés seulement lorsqu'une superficie équivalente de massif de remplacement pourra jouer un rôle identique en terme d'habitat. Les massifs de remplacement et de protection alternent donc dans le temps et dans l'espace. La région prévoit poursuivre l'application de ce plan jusqu'en 2017, à moins qu'il y ait adoption de nouvelles orientations gouvernementales d'ici là.

Celles-ci pourraient découler de l'application de recommandations inscrites au deuxième plan provincial de rétablissement du caribou forestier (période 2013-2023) rendu public en juillet 2013. Ce plan suggère de laisser de côté la stratégie par massif pour en adopter une basée sur la notion de taux de perturbation de l'habitat et de probabilités d'autosuffisance des populations. En fait, l'équipe du Québec reprend l'approche retenue par Environnement Canada, ce qui aurait pour effet, entre autres, de soustraire à l'aménagement forestier une plus grande superficie de forêts matures et d'évacuer l'alternance des massifs comme principe acceptable. Cette nouvelle stratégie est toujours sous analyse. Si adoptée, la région devra modifier en profondeur le plan d'aménagement de l'habitat du caribou forestier actuellement en vigueur.

Généralement, un changement de stratégie est justifié par des données prouvant l'inefficacité de la stratégie en cours ou le grand avantage de la nouvelle sur l'actuelle. Or l'efficacité de la stratégie par massif ne peut être évaluée, car les inventaires de population à notre disposition ne permettent pas, selon nous, de construire une courbe crédible d'évolution de la population de caribou forestier dans les portions aménagée et non aménagée de la forêt boréale. Ils sont trop partiels, tant à l'échelle du territoire que dans le temps, pour fournir des données qui inspirent la confiance nécessaire lorsque l'on veut s'en servir pour interpréter, modifier ou suggérer des méthodes d'aménagement. En science, tout part de la banque de données que l'on crée lorsqu'on veut valider une hypothèse. Trop d'incertitudes autour des données imposent la prudence dans les conclusions que l'on tire.

La région applique depuis plus d'une décennie une stratégie d'aménagement forestier qui prend en considération l'enjeu caribou. Elle a été définie sur la base des meilleures connaissances scientifiques sur le caribou forestier à l'époque où elle a été mise en place. Beaucoup d'efforts et d'argent y ont été investis jusqu'ici. Avant de changer de stratégie dans la zone où aménagement forestier et caribous forestiers cohabitent, il nous apparaît préférable de l'évaluer. Comment? En investissant dans des suivis de populations qui nous donneront des données plus précises, tant en zone aménagée qu'au nord de la limite nordique des attributions commerciales de bois. Là aussi, car il nous faut des références en milieux non perturbés par l'aménagement forestier si on veut en mesurer l'impact sur les populations de caribou. Plus de 70% de l'aire de répartition du caribou forestier se retrouve au nord de cette limite. Il est donc tout aussi essentiel de savoir ce qui s'y passe.

Daniel Lord, professeur UQAC

Directeur Consortium de recherche sur la forêt boréale commerciale

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer