La Liberté menacée!

Russel-Aurore Bouchard... (archives Mariane L. St-Gelais)

Agrandir

Russel-Aurore Bouchard

archives Mariane L. St-Gelais

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Quotidien

«Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom!» Il y aurait beaucoup à dire sur les événements tragiques qui ont déferlé sur la France. L'affaire est tellement grosse, tellement démesurée pour ne pas dire surréaliste, qu'on ne sait plus par quel bout commencer! Oui, comme l'a souligné le président Hollande dans son discours qui a suivi la tuerie de Paris, «nous sommes en guerre contre la barbarie». C'est un peu troublant de le dire ainsi, mais c'est une réalité qu'on nous impose. L'État islamique, Al-Quaïda et leurs fanatiques ne nous laissent plus le choix. Dans ces circonstances, il faut neutraliser l'ennemi partout où il se trouve, affirmer notre détermination à vaincre et rester solidaires quand il est temps d'intervenir.

Le jour de l'attentat, avant que les corps des 12 martyrs de Charlie Hebdo soient vidés de leur sang, le premier ministre Harper n'a pas perdu de temps pour affirmer ses intentions. Il a mentionné que son gouvernement cherchait déjà «à accorder des pouvoirs additionnels aux agences de sécurité afin qu'elles puissent cerner les menaces terroristes potentielles et détenir des personnes si cela est jugé nécessaire». Voilà de quoi nous inquiéter!

S'il y a un autre danger qui nous guette tous autant que nous sommes par les temps qui courent, c'est que le débat soit déjà récupéré par une intelligentsia à la langue de bois qui parle bien et qui dit peu, par les politiciens et par les exégètes qui parlent au nom d'une rectitude politique susceptible d'étouffer le débat plutôt que de le stimuler dans le bon sens. Si on veut avoir une chance de régler définitivement le problème du terrorisme qui infecte ce début de millénaire dans les quatre coins de la planète sans y perdre au change sur les principes fondamentaux qui justifie ce va-t-en-guerre, il faut éviter de laisser la paroles aux seuls spécialistes et rendre le débat accessible au plus grand nombre. Il faut cesser d'avoir peur de parler avec les mots qui sont les nôtres et s'impliquer dans le débat.

La liberté que nous réclamons au nom de tous, commence par notre capacité de penser, d'exprimer et de se tromper. S'il y a une crainte qui subsiste, c'est que le politique profite de la circonstance pour faire des lois dans la précipitation, des lois inopportunes et mal songées qui grugent encore dans nos libertés au nom même de la liberté et de la sécurité publique. Si je dis craindre cela, c'est que je ne voudrais pas que le Canada se retrouve avec un «Patriot Act» à l'Américaine, une loi qui, sous prétexte de la nécessité du temps, piétine depuis lors la liberté, écorche la démocratie et méprise les droits de l'Homme. Si je dis cela, c'est que j'entends déjà la voix de ceux et celles qui réclament le retour de la peine de mort... «pour les cas de terrorisme», c'est que je crains les arrestations arbitraires et la surveillance accrue des citoyens.

Il faudrait être naïf de croire que les politiciens n'essaieront pas de tirer profit de la situation pour voter en catimini des lois répressives et régressives qui nous rapprocheront de la Loi des mesures de guerre votée en 1970 par le gouvernement Trudeau dans le contexte d'une crise outrageusement amplifiée. Si nous laissons faire et si cela arrive, nous aurons alors collectivement cédé à la peur, et les tueurs de Charlie Hebdo ne seront pas partis les mains vides. Nous aurons perdu sur toute la ligne...

Russel-Aurore Bouchard

Historienne, Chicoutimi

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer