Sentiment de culpabilité?

La population de bélugas dans le Saint-Laurent reste... (PHOTO ALAIN DÉCARIE, LA PRESSE)

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La population de bélugas dans le Saint-Laurent reste stable depuis les années 80, mais elle a subi d'importants changements démographiques, avec notamment un taux de mortalité élevé chez les nouveau-nés.

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Le Quotidien

On parle beaucoup du béluga ces temps-ci. La population de béluga du Saguenay/Saint-Laurent est effectivement malmenée par l'activité humaine en ce 21e siècle. Mentionnons ici que c'est la population de béluga du Saint-Laurent, l'une des sept populations canadiennes, qui est en voie d'extinction et non l'espèce entière. Voir http://www.dfo-mpo.gc.ca/science/publications/uww-msm/articles/beluga-fra.htm ). Est-ce le côté sympathique de cette petite baleine qui fait en sorte que tant de gens s'inquiètent de son sort ou y a-t-il autre chose?

Le développement généralisé qu'a connu l'Occident ne peut continuer indéfiniment en s'appuyant sur un modèle industriel mal adapté à l'humanité. Les pays en voie de développement aspirent à une augmentation légitime de leur qualité de vie mais recherchent un modèle qui leur est propre. Mais comment arriver à un changement souhaitable de paradigme en développement social et surtout en quelle laps de temps? L'Homme doit corriger le tir mais à quelle vitesse? Examinons ici deux situations.

La révolution industrielle s'est faite en grande partie grâce au charbon et au pétrole. Les énergies fossiles sont très polluantes mais leur remplacement pose tout un défi. L'énergie nucléaire, entre autre, comporte son lot de problématiques. Et puis nourrir les populations devient de plus en plus difficile. Les terres arables sont fortement sollicitées et les océans sont exploités à la limite de leur capacité. Mais nous oublions que l'huile des baleines a contribué à éclairer bien des maisons avant l'utilisation du gaz et que l'arrivée des pesticides chimiques a permis la révolution agricole. Nous nous rendons compte maintenant des dommages collatéraux causés par ce développement.

Il y a plus de 500 ans les Européens ont commencé à explorer le monde. La colonisation qui s'en suivit fut fort discutable. L'appropriation de l'Amérique du Nord par les Blancs compte bien des épisodes sombres. Il s'agit plus d'une dépossession d'un territoire au détriment des plus faibles que d'un simple problème de cohabitation. Plus récemment la reconnaissance par le gouvernement du Canada des graves sévices subis par les Amérindiens dans les pensionnats sous prétexte de les instruire est éloquent. Les Blancs ont voulu assimiler les autochtones au mépris de leur culture originale. Quoi faire pour réparer ces dérapages historiques?

La population actuelle est de plus en plus informée et instruite. Nous sommes en même temps conscients des erreurs du passé et de leurs répercussions néfastes sur notre bien-être ainsi que potentiellement sur notre avenir. Le résultat est qu'il est de plus en plus difficile de faire un projet industriel d'envergure sans provoquer de vives résistances. La discussion entre développeurs et opposants est rendue difficile, voire impossible. Bien sûr il faut amorcer quelque part les changements de comportement nécessaires dans notre mode de vie. Mais quoi faire et à quelle vitesse?

Un exemple. Certains iront jusqu'à mettre en cause le développement d'un projet comme celui d'Arianne Phosphate dans le but de protéger les bélugas. En effet les bateaux de sable d'apatite (concentré contenant le phosphore) vont circuler sur le Fjord pour rejoindre le Saint-Laurent et ce en traversant en partie le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent (PMSSL). Mais il faut regarder cela en perspective et constater qu'il y a plus de 3000 voyages de navires marchands qui transitent dans le PMSSL entre mai et octobre de chaque année. L'arrivée des bateaux de croisières sur le Saguenay ajoute annuellement une trentaine de bateaux. Quand ce trafic arrêtera-t-il de croître?

D'un autre point de vue, l'exploitation de la mine près du Lac à Paul créera évidemment une cicatrice sur le Nitassinan des Innus et occasionnera certains désagréments à ces derniers. Les promoteurs de cette mine négocient présentement les termes d'une entente sur les retombées et avantages en vue d'établir les compensations adéquates à verser aux Premières nations. Mais un seul projet minier, même avec la meilleure des ententes sur les retombées et avantages, peut-il corriger 500 ans d'erreurs historiques?

Prise de conscience. Je crois que nous, «Homme Blanc» du 21e siècle, souffrons d'un sentiment de culpabilité qui nous pousse à réparer les erreurs du passé, complètement en tout et maintenant. C'est ici que le béluga nous fait un clin d'oeil qui interpelle toute notre civilisation.

Bernard Lapointe

Géologue et promoteur

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