Faire changer les choses !

Marthe Asselin Vaillancourt... ((Archives))

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Marthe Asselin Vaillancourt

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Le Quotidien

Elles ont eu peur, elles ont marché en regardant partout, elles n'ont même pas senti la sécurité dans leur propre résidence, un père, un oncle les attendaient parfois. Elles ont crié, mais n'ont pas reçu de réponses.

Aujourd'hui, à nouveau, leurs cris s'élèvent, déchirant notre certitude, émouvant, prenant jusqu'au plus profond de nous-mêmes. Il faut entendre ce cri, qui résonnera partout, toujours jusqu'à ce que les oreilles de ceux qui peuvent changer les choses soient aussi meurtries qu'elles-mêmes. Merci Julie-Miville Deschênes et Alexa Conradi. Votre discours est libérateur et amorcera une longue répercussion jusqu'au changement.

Je veux raconter un petit épisode de ma longue vie d'intervenante. Je suis en réunion. Une jolie femme raconte qu'elle s'est souvent enlaidie pour sortir sur la rue, elle pensait circuler en paix, elle s'est vite aperçue que la beauté n'a rien à voir, il suffit d'être une femme.

Quand on suggère une commission comme «Mourir en dignité», j'hésite, parce que nous avons reçu une réponse trois ans plus tard. C'est long, trop long pour des femmes qui souffrent.

Il s'est écrit de nombreux rapports sur la violence. J'ai moi-même été co-présidente d'un comité national. Cependant les jeunes femmes vivent d'autres réalités: Facebook, Internet, hypersexualisation des filles, expansion de la pornographie et harcèlement en milieu de travail.

Pour moi, un des moyens de prévention demeure l'éducation sexuelle où il sera question des rapports de domination, de séduction, du vivre-ensemble, de l'égalité entre les humains quelque soit leur origine, leurs croyances ou leur orientation sexuelle.

Le système de justice demeure un mystère pour les victimes, bien qu'il se soit considérablement amélioré grâce à la formation de tous les intervenants. Les notions de consentement, de doute raisonnable, de recherches de preuve sont difficiles à comprendre pour les victimes. C'est à ce moment que le support d'organismes comme les Cavacs prend toute son importance.

Outre les technicalités, les femmes sont souvent décontenancées, car elles s'attendent à un peu plus d'empathie, à être jugées sans préjugés, sans stéréotypes avec beaucoup de clairvoyance et sans partialité. Surtout, surtout les victimes demandent à être crues et à être sûres que leurs dossiers cheminent rapidement.

Je ne reviendrai pas sur tous les acquis du mouvement féministe. Quand on a derrière soi des années et des années d'engagement, c'est décourageant de vivre encore et encore les mêmes douleurs, les mêmes situations, parfois décrites avec les mêmes mots; pouvoir, domination, insécurité, peur, etc.

Nous avons trois façons de vivre avec le pouvoir: essayer de l'intégrer, de vivre avec, d'y rechercher l'égalité et de tenter de le reformer à travers les partis politiques, en recherchant toutes les transformations possibles; remettre en question le pouvoir, vouloir le changer en rendant publiques les inégalités, en protestant de l'intérieur; travailler en marge des structures, accentuer les moyens de contestation, tenter carrément de le rendre plus égalitaire, plus juste, à l'écoute des représentations.

Les lois ne changent pas les attitudes et les moyens à notre disposition sont si minces qu'ils tuent les femmes de l'intérieur. Le patriarcat ne s'exerce pas seulement au foyer, mais il appartient à tous ceux que l'on côtoie et qui en ont toujours été les premiers détenteurs: les patrons, les dirigeants, les présidents et les hommes d'Église.

À mon âge, je me sens comme une spectatrice, je ne peux descendre dans la rue, mais je reste vigilante; il y a des femmes âgées qui se sont tues toutes leur vie et qui portent douloureusement leur secret et qui, elles aussi, vivent de nombreuses agressions.

J'aborde le point crucial de la vie des femmes autochtones.

Comment demander à M. Harper de parler de la Charte des droits, en Chine, alors que dans son pays, les femmes réclament justice pour leurs soeurs disparues? Quelle honte pour chaque Canadien! Qui écoutera les revendications des dirigeantes autochtones? Quand leur donnerons-nous une réponse? Qu'est-il advenu de toutes les femmes disparues? Il faut le savoir, il faut une réponse bientôt!

À vous de répondre M. Harper!

Marthe Asselin Vaillancourt (C.M., C.Q.)

Saguenay

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