Un Québec à deux régions?

Russel-Aurore Bouchard... (archives Mariane L. St-Gelais)

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Russel-Aurore Bouchard

archives Mariane L. St-Gelais

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Le Quotidien

Selon les conclusions d'une récente étude publiée par l'Institut du Québec, et rapportée mardi dans Le Quotidien, Montréal est toujours la «locomotive économique» de la Belle province et exerce un rôle déterminant dans la prospérité des régions. Cet institut, qui semble avoir compris la quadrature du cercle, est un nouveau centre de recherches présidé par Raymond Bachand, ancien ministre des Finances dans le gouvernement Charest. Si j'ai bien compris la teneur du message véhiculé par ce héraut de l'Institut, le Québec se divise en deux régions: Montréal d'abord et le reste ensuite!

Au cas où vous l'auriez oublié, M. Bachand est né à Montréal, il a étudié à Montréal, il est diplômé de l'Université de Montréal et il a passé sa vie à Montréal. On ne s'étonnera donc pas de la teneur de ce message enregistré qui ne fait que répéter l'essentiel de ce qu'on retrouve dans le fameux Rapport Higgins-Martin-Raynauld déposé en 1970.

Un petit rappel historique à ce sujet ne fera pas de mal aux régionaux que nous sommes. Ce rapport recommandait alors au gouvernement de Robert Bourassa d'ajuster sa politique économique en concentrant le financement gouvernemental de manière à faire de Montréal le seul pôle économique du Québec. Si Montréal prospère, prédisait-on dans ce rapport, c'est tout le Québec qui en profitera. C'était le pari proposé et la formule qu'on adopta au sommet de l'État! Un pari engagé par des apprentis sorciers et des intrigants qui se fichaient éperdument des conséquences sociales, économiques et appauvrissantes qui allaient en ressortir au bout du compte, non seulement pour les régions périphériques, mais pour le Québec dans son entier!

Pour mettre les choses dans leur contexte, disons simplement que c'est à partir de ce crédo néolibéral, qui semble inspirer ces jours-ci la politique du gouvernement Couillard, que le Québec de l'après Révolution tranquille a commencé à se déglinguer.

Dans la foulée de cette politique, les régions ont ainsi donc perdu peu à peu leur part de la redistribution de la richesse nationale au profit de Montréal pendant que le gouvernement faisait semblant de compenser en misant sur l'exploitation des ressources naturelles en région sous prétexte de faire du développement, ce qui était totalement faux.

Résultat: les économies locales ont été davantage fragilisées, la crise économique s'est installée à demeure, le chômage a grimpé au-delà du seuil critique, les régions se sont «tier-mondisées» et les laissés-pour-compte, toujours de plus en plus nombreux, n'ont pas eu le choix de quitter en direction de Québec, Montréal, Toronto et Calgary.

Le discours centralisateur de M. Bachand, qui seconde sans nuance celui de l'ancien gouvernement Charest et qui s'inscrit dans celui de l'actuel gouvernement libéral de Philippe Couillard, mériterait d'être questionné sévèrement par les médias et les intellectuels. Ce nouveau programme, qu'on nous annonce jour après jour comme une panacée, est d'autant plus menaçant qu'il détruit les structures de concertation régionale péniblement mises en place depuis 30 ans, revoit le pacte fiscal en faveur de Montréal et Québec au détriment des autres municipalités du Québec, et rend le discours écologiste totalement impuissant eu égard à une économie radicalement coincée entre l'extraction des ressources naturelles et la mendicité, ce qui est le fameux Plan Nord.

Pour moi, c'est du déjà vu! Je sais ce qu'une telle politique d'un Québec fendu en deux au profit de Montréal peut avoir de néfaste pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, une région encore une fois vendue à des «exploiteurs» par l'«État proxénète» qui parle de «développement» sans toutefois penser à l'après, comme on le faisait à l'époque de la rué vers l'or au Klondike. Nous connaissons tous la suite... Une fois le filon tari, plus rien. Ceux qui s'étaient enrichis se comptaient sur les doigts d'une main, et tous les autres sont repartis plus pauvres qu'ils étaient arrivés. M. Couillard doit nous expliquer ce qui nous arrivera lorsque les mines qu'il veut ouvrir commenceront à fermer dans 20, 30 ou 40 ans? Une vraie et saine politique de développement doit d'abord prévoir cela...

Russel-Aurore Bouchard

Historienne

Chicoutimi

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