Les Saguenayens et le français

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Gérard Bouchard

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Le Quotidien

Chacun sait les incertitudes qui pèsent à long terme sur l'avenir du français à Montréal et les grandes inquiétudes qu'elles suscitent. En conséquence, on entend parfois des analystes affirmer que ce sont les régions, et particulièrement les régions éloignées, qui vont assurer l'avenir de notre langue. Ils tablent sur le fait que ces régions, demeurées homogènes, présentent des conditions plus favorables au maintien du français.

Je veux bien les croire. Mais, prenant le Saguenay en exemple, comment alors expliquer la présence étonnante de la langue anglaise dans la vie publique et l'indifférence encore plus étonnante qui l'entoure?

À titre d'illustration, je prends à témoin les noms de divers organismes ainsi que les appellations accolées à divers événements et activités qui jalonnent la vie régionale dans différents domaines. En voici un échantillon recueilli au cours des douze derniers mois: le Challenger Banque nationale (tournoi de tennis saguenayen), le Showcase du hockey féminin (tournoi régional), le Ultimate Challenge (course à obstacles sur le terrain de la Pulperie de Chicoutimi, le DAMPFest (spectacle de variétés à Chicoutimi), le Airsoft (spectacle de variétés à Alma), le Scoobyraid (centre de plein air de Lamarche -anciennement: Saint-Charles), les foodtrucks (vendeurs itinérants en voie d'implantation à Chicoutimi), le WonderLAN (activité annuelle pour «gamers» organisée par l'UQAC), les Journées Fun Fly (parrainées par le club d'aéromodélisme de Chicoutimi), le Jonquière Championship Wrestling (soirée de lutte), le Desbiens Extreme Ice (compétition de descente en patins sur glace), le Centre Bédard Quarter Horse (club d'équitation situé dans le rang Saint-Joseph près de Chicoutimi), le Spartan Fight Club (club de boxe et arts martiaux de Chicoutimi). Lors d'un tournoi de hockey pee-wee en 2013, quatre équipes de la région portaient des noms anglais.

Des questions importantes se posent. Comment tout cela est-il possible? Comment expliquer que les responsables de ces activités ou gestionnaires de ces établissements peuvent afficher un tel mépris pour notre langue? Comment ne pas s'inquiéter de ce que la plupart de ces activités visent en priorité une clientèle de jeunes? Comment expliquer qu'aucune institution régionale ne croit devoir intervenir pour mettre ordre à cette étrange et inquiétante tendance? Ces écarts échappent-ils donc à la Loi 101?

Si nous en sommes à ce point sur la pente du laisser-faire et de la démission, il est temps de briser la grande illusion dont nous nous berçons: le français ne serait donc plus l'objet de fierté qu'il a déjà été, il ne serait plus au coeur de notre identité et une dérive inquiétante est à craindre. Il faut en prendre acte. Mais qu'est-ce qui vient après?

Gérard Bouchard

Historien, sociologue

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les imaginaires collectifs

UQAC

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